mardi 6 octobre 2009

Des réactions et des femmes

Sa propre réaction à l'annonce de son diagnostic de cancer dépend principalement d'un élément considérable: soi-même. Bien que personne ne puisse prévoir exactement l'attitude qu'il adopterait en pareil cas, force est d'admettre que certains traits préexixtants prédisposent l'approche. Devant l'immense, chacun devient plus grand. À sa manière. À n'en point douter, chacun y trouverait sa voie qui pourrait se manifester de maintes façons.


Les premiers jours suivant le diagnostic, j'ai pleuré. Beaucoup. Souvent. Puis, moins. Plus d'un mois plus tard, mes émotions sont maintenant directement reliées à Elles, mes Princesses, mon magnum opus, mes trésors, si petites, si fragiles. À la fois ma force au combat et la faiblesse de ma cuirasse. En jouant avec ma Petite, je la regarde rire et je continue de lui mordre "les côtelettes" tout en essuyant une larme. Son rire m'émeut comme jamais, parfait. Chaque matin, j'embrasse ma Grande en prenant bien soin de sentir ses cheveux si doux avec un besoin renouvelé de l'aimer. Simplement.

Contre toute attente, cette fragilité fait partie de moi. Mais, tel que prévu, je refuse de me victimiser, je refuse de sombrer. Une fois le choc passé, une discussion intérieure me conduisit à me retrousser les manches. Rien ne sert de m'apitoyer, la réalité bien en face, j'avancerai un pas à la fois. En moins d'une semaine, je décidai que j'allais vivre comme avant. En souriant. En appréciant la vie pour ses petits bonheurs. Quelques larmes en plus mais elles me parlent. Elles me disent tout le privilège d'aimer autant. Elles me disent l'essentiel. Cette épreuve fait partie de ma vie et je dois l'intégrer comme je le ferais de toute autre expérience. Peu importe la peur, il faut apprivoiser la situation et grandir avec. Cette force intérieure, cette confiance en moi, en la vie fait partie de moi et je l'apprécie plus que jamais.

Exit les grandes phrases voulant que le cancer changera ma façon de voir les choses. Il m'amplifie le cancer. Je continuerai de voir la vie avec le sourire. Seulement, je vais sourire plus. Je continuerai de croire en moi. Seulement, j'y croirai un peu plus. Tant pis pour l'arrogance d'être moi et de l'assumer pleinement. Et je continuerai d'aimer. Seulemement, mieux. Mieux parce que je m'arrête désormais pour m'y concentrer. À aimer.

Le génie humain

Bien entendu, un reportage sur les percées de la recherche dans le traitement du cancer suscite mon intérêt. Hier soir, je m'arme donc de mes écouteurs et entreprend l'écoute attentive de ce reportage diffusé à Radio-Canada à l'émission Découverte (aka "le gars qui sait toutte"!) dimanche dernier, Cancer: une révolution se prépare. S'il est une conclusion, une seule, à laquelle j'arrive c'est que la recherche fait des pas de géant depuis quelques années. Certaines percées fort prometteuses datent de moins de quatre ans et les perspectives de recherche se multiplient: génétique, cellules souches, ADN, etc.

Comme un souffle d'espoir, j'accueille ces percées personnellement mais en pensant aussi à tous ceux qui ne souffriront pas du cancer en raison du génie humain.

Suite: dimanche prochain.

dimanche 4 octobre 2009

Une journée normale

Aujourd'hui, dimanche 4 octobre, Jour 4 de mon premier cycle. La journée commençe assez mal; je me sens comme si un quinze trains m'étaient passé dessus. Après un douze heures de sommeil, je ressens toujours cette fatigue accompagnée d'étourdissements ainsi qu'un vague restant de feeling de nausée. D'accord, je subis de la chimiothérapie mais, à bien y penser, ça fait pratiquement trois jours que je n'avale pratiquement rien d'autre que de l'eau et de la soupe. Vers onze heures, je me botte donc l'arrière-train et décide qu'un repas normal me ferait grand bien... voilà donc l'Homme en partance pour l'épicerie, mission: un riz au poulet pour la convalescente. Je mange du bout de la fourchette. Lentement mais sûrement.

Après quelques minutes, la fatigue se dissipe déjà un peu. Effet du moral qui sent la normalité revenir ou effet physique relié aux calories? De toute façon, je trouve l'énergie de lire ce qui constitue déjà une petite victoire.


Pour agrémenter mon après-midi, mon père prenant sa marche de santé se pointe à la maison avec son entrain habituel. Puis, Le Parrain et La Marraine de notre Petite passent également nous visiter. Les sourires, l'accolade franche, qui d'autre qu'un ancien combattant pour mieux comprendre ce besoin de routine, ce besoin de sentir un tout petit peu que ça va un tout petit peu "comme avant". On discute, on rit, on se change les idées. L'énergie me revient peu à peu.

Enfin, ma mère se pointe également armée de petits plats mijotés pour moi. Un petit bisou à la Grande, un câlin à la Petite. Tous ces sourires, toutes ces énergies me redonnent un certain entrain.

Vers la fin de l'après-midi, l'Homme invite Le Parrain de notre Grande et son amoureuse pour souper; la visite de leur grand garçon met de la vie dans la maison et notre Grande fille est enchantée. Nous recevons à la très bonne franquette, sans excuse, juste celle du besoin de très bonne compagnie. La soirée est agréable, mon moral est maintenant excellent.

Une journée bien mal commencée devenue journée normale devenue journée parfaite. En prime, ma Petite a même fait ses premiers pas. Beau cadeau pour une maman qui progresse tout doucement.

Est-ce bien ça le bonheur? Des petits moments tout simples. Appréciés à leur juste valeur, celle que l'on veut bien leur accorder.

vendredi 2 octobre 2009

Chimiothérapie : premier cours pratique

Hier matin, à 9h30, je me pointais au 3B avec mon père dans le rôle du valeureux premier accompagnateur. Arrivés à l'heure, nous constations que la salle d'attente, bondée, nous forçait à attendre debout dans le corridor; comme je me sens en forme, nous attendons patiemment. Petite visite de l'IP: "Tu as pris de l'avance" me dit-elle en pointant ma tête enturbannée... Je lui souris.

J'aborde une bénévole pour accéder à la bibliothèque réservée aux patients et j'en ressors avec L'amour, la médecine et les miracles de Bernie S. Siegel et En forme pour combattre le cancer d'Anna L. Schwartz avec une préface de Lance Armstrong. La bénévole me répète qu'elle est enchantée que je m'intéresse à ces livres puisque peu de patients puisent dans la bibliothèque d'oncologie et elle m'invite à y revenir.

Vers 10h30, l'onco m'appelle; enfin mon tour. Il ajuste la prescription avec mes données sanguines recueillies par l'IP le 24 septembre dernier et mon poids du matin.

"Est-ce bien ton premier traitement?"
"Oui, j'ai pris de l'avance" dis-je en pointant mon coco.

Je profite de la présence de l'onco pour obtenir les résultats de mes nombreaux tests. Scintigraphie osseuse: tout est beau! Radiographie pulmonaire: tout est beau! Échographie abdominale: aussi mais, ça, on le savait déjà. Mon crabe est donc "régional" (i.e. se concentre à mon sein gauche et à mon ganglion axillaire gauche).

Je me dirige donc dans la salle de chimiothérapie, un peu perdue, mon dossier à la main sans trop savoir à qui le remettre. "À la pharmacienne", me précise l'IP. Je m'éxécute et me choisis une chaise où deux oreillers m'attendent, je m'installe en levant mes pieds à la "La-Z-Boy", bien confortablement. Mon père s'installe sur sa chaise droite à côté de moi... Mon infirmière de chimio pour l'avant-midi, appelons-là Lola, vient se présenter avec un beau grand sourire et sa collègue, Didi (pseudo bien sûr), vient aussi se présenter avec un tout aussi grand sourire. L'ambiance est légère, décontractée, elles inspirent immédiatement notre confiance. Rassurés, mon père et moi relaxons.

On me présente mes pochettes de médicaments étiquettées à mon nom. On commence avec du Décadron, un anti-nausée qui coulera pour une quinzaine de minutes. Ensuite le Cyclophosphamide (le "C") pour une vingtaine de minutes mais ça coule plus lentement que prévu et cela dure plutôt trente minutes. Heureusement, parce que je ressens déjà des étourdissements et une certaine congestion nasale que je mentionne aux infirmières. La prochaine fois, on ira pour quarante-cinq minutes. Aucun doute possible: le C peut faire effet aussi rapidement. Puis, on y va du Fluororacil (le "F") en cinq minutes et enfin, l'Épiribucine (le "E") en cinq minutes aussi. Pendant mon traitement, une dame qui accompagne son papa me mentionne qu'elle aime mon coco, qu'il me va bien. On placote un peu. Puis, Mme Chimio vient me voir pour me parler également de mon coco et de mes yeux qui semblent très impressionnants avec ce new look. Le traitement se termine enfin avec une solution saline qui coule apour une quinzaine de minute afin de nettoyer le cathéter. En tout, je reçois des traitements pour presque deux heures. Nous sortons de l'hôpital épuisés et je me sens comme si je cachais une bombe à retardement...

Mon retour, chronologiquement:


13h30: Dîner. Sentiment d'attente à savoir quels seront mes effets secondaires.
15h00 à 16h30: Dodo.
17h00: Retour des enfants et de mon amoureux.
17h15: Souper léger pour prendre mes anti-nausées.
20h00: Pâtes pour ne pas perdre mes énergies.
21h15: Dodo.
1h00: Lever, je me sens nauséeuse, médicament.
2h00: Je dégobille.
2h45: Re-dodo.
8h00: Lever, je me sens nauséeuse, je déjeune léger pour prendre mon médicament anti-nausée.
10h00: Ma frangine arrive, je monte me coucher, je dégobille, je redescends.
11h00 à 14h00 : Dodo.
14h00: Je me sens nauséeuse, je prends mon médicament.
14h20: Je dégobille.
14h20 à 16h30: Relax totale.
16h30: Je mange très léger pour tester mon estomac.
20h00: Un peu de boeuf pour prendre mon médicament anti-nausée.
20h45: Je me sens bien.

En bref, nauséeuse, très fatiguée et somnolente (un de mes anti-nausée crée de la somnolence), je m'en tire somme toute pas si mal puisque je ne passe pas la journée accrochée à la cuvette.

En principe, je devrais prendre mon dernier anti-nausée demain matin au déjeuner. Je croise mes doigts  pour dormir d'un trait et passer une bonne journée demain.

Objectif: prendre une marche et profiter du beau temps.

jeudi 1 octobre 2009

Je suis belle


Comme prévu, la grande coupe avait lieu hier, soit la veille de mon premier traitement. Pas question d'attendre que mes cheveux tombent d'eux-mêmes, pas question de trouver des mèches sur mon oreiller, pas question de m'arracher des touffes de cheveux (équivalent à carrément m'arracher le coeur) en prenant ma douche. L'attente s'associe à l'impuissance alors plutôt prendre mon courage à deux mains et affronter la réalité de front (sans jeu de mots...). Courage.

Ma petite soeur débarquait donc à la maison hier ayant ajouté à son habituel bagage de couches, doudous et crème à fesse, ciseaux, rasoir électrique et pioches. Stressée plus que moi, la frangine en avait mal dormi, les pleurs de sa petite n'aidant en rien cette insomnie préoccupée. Elle m'avouera plus tard qu'elle craignait que nous pleurions la perte de mes cheveux, de ma féminité et l'arrivée d'une période morose où j'éviterais les miroirs.

À 10h00, prenant mon courage à deux mains, je pris les ciseaux et complétai moi-même la première étape. Libérateur. Avec 1 cm de cheveux sur la tête, je trouvais même que la coupe m'allait plutôt bien, un petit rappel de la Cléopâtre dans la série Rome. Mais, dans mon cas, je ne garderais même pas ce petit centimètre, il fallait continuer.

À ce stade, je décidai d'appeler ma mère qui déjeunais tranquillement avec ma tante et leur demandai de se joindre à nous. Amenez vous les mères, votre fille n'en pleurera pas finalement, le (très) court lui va bien. Avec maintenant 3 paires d'yeux rivés sur moi, le processus continue.

Ma soeur prend la relève, tellement concentrée qu'elle ne parle plus, ne rit plus (en fait, respire-t-elle?): le rasoir à un... zzzz ... le rasoir à zéro... zzzz ... à la  pioche. Après chaque étape, je vais au miroir et constate que, finalement, il m'était impossible d'imaginer le résultat. Dans mes scénarios, même les plus optimiste, je n'éprouvais pas ce plaisir à me regarder ainsi, je ne prévoyais pas aimer mon regard à ce point. Révélateur. Après une heure et demie, nous devions nous rendre à l'évidence: le coco me va bien. Pour une rare fois de ma vie, j'ose dire que "je suis belle".

Mon chum adore le côté rebelle du look et me suggère de ne pas utiliser les perruques. "Tu es belle ma Blonde." Effectivement, je pense bien assumer le look jusqu'au bout, tant pis pour les regards.

Ma belle Grande fille s'habitue également à mon crâne dégarni, elle joue avec mes bandeaux et mes foulards et semble se rendre à l'évidence, elle disait à mon amoureux hier: "Elle est belle pareil maman". La vérité sort de la bouche des enfants, non?

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Cinq bonnes choses à propos du coco

5. La douche ne risque pas de se boucher.

4. Aucun risque d'avoir un "bad hair day", adieu frisottis, mèche rebelle... 

3. Pas de repousse de teinture.

2. Très économique (aucune dépense pour des produits capillaires, coupes, teintures).

1. ...Tout le monde prend la peine de vous dire que vous êtes belle!!!