jeudi 18 mars 2010

Mercis

mardi 16 mars 2010

Radiothérapie à titre préventif

Aujourd'hui je rencontrais Onco qui devait m'orienter pour la suite de mes traitements. Dans un petit coin de mon coeur, la crainte bien réelle de traitements de chimiothérapie additionnels me hantait toujours. Aujourd'hui 16 mars, donc précisément six mois depuis ma première rencontre avec Onco. Dans la salle d'attente, je me repasse le film de ce premier entretien et je réalise que, décidément, je doutais de ses propos, même que je n'étais pas du tout convaincue lorsqu'il prétendait que la chimio allait "faire fondre tout ça"... Maintenant, je dois reconnaître son expertise et admettre qu'il disait juste.

Pour la suite des choses, il officialise mes prétentions espérances: je passe en radiothérapie. Plus de chimio! Tout ce soleil du mois de mars m'accompagne, moi, il ne vise qu'à souligner ma joie, mon bien-être, mon sourire, ma non-chimio, ma guérison, rémission, marche vers la guérison. Attention aux mots car, en matière de cancer, les mots utilisés pour décrire les pas en avant font l'objet d'un embargo. Avant cinq ans, on ne peut parler de guérison, on doit évoquer son propre salut avec retenue et il faut modérer son vocabulaire. Techniquement, les médecins jugent que les traitements ont mené à une guérison lorsqu'un patient survit cinq ans, sans récidive. Cinq ans, vais-je vraiment attendre cinq ans avant de me réjouir? Alors que mes cheveux repoussent et que je me sens renaître? Au risque de me répéter: je ne suspendrai plus jamais ma vie ni mon sourire, je vais vivre maintenant, pleinement, pas dans cinq ans, pas après la radio, pas dans un mois. Maintenant.

Difficile de traduire fidèlement mon soulagement: soulagement de ne plus penser constamment à cette bosse, soulagement de retrouver ma santé, soulagement de tourner mon regard vers l'avenir tout en gardant les pieds bien ancrés dans mon présent, soulagement d'avoir appris. Car bien que les adages préfabriqués comme "tu en sortiras grandie" me paraissaient ridicules pendant la tourmente, ils me semblent maintenant plutôt judicieux. Fort heureusement, dans mon cas, la maladie ne m'a pas apporté que de la souffrance physique, elle a aussi permis le voyage intérieur nécessaire pour changer ma vision des choses. Des choses de la vie, des choses de l'amour, des choses de la mort qui me ramènent dans mon droit chemin.

Me réjouir tout de suite? Lorsque Onco lui-même affiche un air satisfait devant mon rapport de pathologie, lorsque Onco lui-même précise que la radiothérapie découle de la nature conservatrice de la chirurgie, il est de mise de se réjouir. Dans mon rapport de pathologie, on peut lire "réponse marquée à la chimio", "aucune invasion lympho-vasculaire", "aucune trace de cancer invasif". Pour les non-malades, ces termes reflètent le résultat attendu. Pour moi, ils recentrent ma vie, représentent mon renouveau, me redonnent l'espoir, me soufflent à l'oreille que "tout va bien", ces petits mots représentent la fin de la tempête, la fin de mon drame. Ils clament haut et fort le droit de mes filles sur leur maman. Ils murmurent à l'oreille de mon Homme que je suis là, vibrante, forte, plus déterminée que jamais à réussir notre projet de marcher main dans la main encore bien longtemps. Les épreuves nous unissent et celle-là nous a soudés je pense.

Tout en souriant, tout en savourant la vie, tout en me réjouissant, j'attends l'appel de l'hôpital auquel je suis référée puisque dans mon patelin, point de radiothérapie. D'ici là, "prière de ne pas déranger, je suis en vacances" (dixit Pierre Bertrand).

mardi 9 mars 2010

Sur le chemin de la victoire

Lundi 8 mars, rencontre avec Dr. P., l'Homme m'accompagne. Bonjours d'usage, formules de politesse...

-J'ai reçu le rapport de pathologie et j'ai de bonnes nouvelles: nous avons une marge saine ET dans les tissus enlevés, AUCUNE trace de cancer.
-Quelle belle nouvelle!, s'exclame CAtharsis en regardant l'Homme, sidéré.
- Aussi, j'ai retiré vingt ganglions ce qui est énorme et permet un excellent échantillonnage ET aucun des ganglions ne présentait de trace de cancer.
À ce moment, CAtharsis jubile et se re-exclame: "Quelle belle nouvelle!!!".
- Je veux te revoir dans quatre mois.

Quatre mois! Je sors des cliniques externes en souriant à pleines dents, je sautille de joie et (ne) tente (pas vraiment) de me calmer. Après avoir sillonné un chemin difficile, parsemé d'épreuves, me voilà à la croisée des chemins et j'emprunte résolument celui de la victoire.

Je monte l'escalier quatre à quatre pour voir l'IP et lui annoncer la bonne nouvelle et prendre rendez-vous avec Onco.  Ce qui fut fait. De toute évidence, je passerai directement en radiothérapie. À confirmer mardi prochain le 16 mars en après-midi.

Grands mercis à tous ceux qui pensent à moi, qui me lisent, qui m'encouragent, qui me tiennent la main virtuellement, qui m'épaulent physiquement et un merci tout spécial aux Saints et Non-Saints du ciel sollicités pour mon salut.

Les suites opératoires

Suites opératoires - à l'hosto

En bref, je vis une épuisante première nuit. Physiquement, je me porte fort bien et ne ressens aucune douleur mais je n'arrive pas à vraiment dormir. Les infirmières prennent mes signes vitaux aux quatre heures, me remettent des anti-douleurs et vident mon drain à fréquence régulière également. Je me réveille déjà fatiguée. Mais la faim qui me tiraille supplante tous les autres inconforts... Je dévore mes céréales et déguste mon (mauvais) café avec appétit. J'entends mes voisins d'étage se plaindre, tousser, cracher, chiâler et j'apprécie pleinement ma chambre privée. Tout en déjeunant, je lis en tentant de me créer une bulle de vie normale. Ça réussit un peu.

À cause de la dissection axillaire (enlèvement des ganglions sous l'aisselle), on m'a installée un drain, genre de tube pour éviter l'accumulation de liquide lymphatique. En clair, je traîne une petite poche qui se remplit continuellement et que les infirmières vident aux six, huit heures environ. Je me lève dès l'avant-midi pour accomplir la délicate et cruciale activité de vider ma vessie. Suite à une chirurgie, infirmières et médecins obsèdent là-dessus: il faut faire pipi pour prouver son bon état. Ma mère, venue me visiter, m'assiste dans ma toilette à la mitaine car mes mouvements, déjà limités par la chirurgie, sont également gênés par le soluté postopératoire. Affublée de ce "poteau", je me rappelle trop vividement les traitements de chimiothérapie. Vivement ma liberté de mouvement. Lorsque le chirurgien de garde passe pour s'assurer que je vais bien, il accorde le retrait du soluté. Petite victoire.

Un peu plus tard, en compagnie de la frangine, je reçois la visite de la physiothérapeute qui m'éduque sur les exercices à faire afin de reprendre l'amplitude des mouvements de mon bras. En effet, mon bras gauche demeure très "raide" et je peine à le lever à la hauteur des épaules. Difficile de se voir ainsi diminuée mais comme je ne ressens aucune autre douleur, je ne saurais me plaindre.

Pour la deuxième nuit, je dors un peu mieux mais la nuit mouvementée, entre autres par la réadmission d'urgence en salle d'opération d'un de mes voisins, m'empêche de profiter d'un sommeil vraiment réparateur. Occupées aux urgences, les infirmières m'oublient un peu: je me lève seule pour aller à la toilette, je ne demande pas d'anti-douleurs et au petit matin, je fais ma toilette toute seule comme une garnde. Lors de la visite matinale de l'infirmière auxiliaire, elle se montre surprise de ma si rapide autonomie puis, rebrousse chemin.

Enfin, le chirurgien de garde passe me voir et constate ma grande forme, il me propose mon congé. Si vite? Bien sûr docteur, sortez-moi d'ici et je vous accorderai mon plus beau sourire. Il me faut vider mon drain toute seule? Pas de problème docteur, je le ferai sagement et consigerai les quantités sur un petit bout de papier. Vous voulez que je prenne rendez-vous en clinique externe pour le début de la semaine? Oui, docteur tout ce que vous voudrez docteur.

Suites opératoires - à la maison

Deux jours après la chirurgie, me voilà donc de retour à la maison. Quel soulagement. Je vivrai donc pleinement les Jeux Olympiques, ouverts le lendemain de ma chirurgie. Confortablement installée, je me gaverai de compétitions pendant deux semaines complètes. Quel bonheur pour moi, maniaque des JO depuis toujours.

La semaine suivante, tel que promis, je passe en clinique externe pour un suivi postopératoire, Dr. P. en vacances, je dois me taper Dr. Sans Regard. L'Homme m'accompagne puisque j'appréhende la froideur du médecin sans âme. L'infirmier retire mes pansements. C'est le choc: mon sein ne semble pratiquement pas modifié! La chirurgie laisse une trace certes mais, on est loin de la mutilation tant redoutée. Note à moi-même: vérifier auprès de Dr. P. s'il en a enlevé moins que prévu initialement. Ça m'inquiète un peu mais je dois avouer que le résultat me surprend agréablement. Dr. Sans Regard m'accorde ce qui pourrait ressembler à un sourire et décide de laisser mon drain en place pour une semaine encore. Je dois prendre rendez-vous dans une semaine.

Le lundi suivant, je rencontre Dr. P. en fin de journée. Lorsque l'infirmière lui demande si elle peut quitter, je l'entends prononcer mon prénom pour indiquer qu'une patiente nécessite son attention. "Il y a CAtharsis dans la deux". Comme si j'étais sa grande chum ou encore que mon statut de patiente de longue date, six mois déjà, m'accordait le privilège de faire partie de la gang. D'une manière ou d'une autre, je réalise deux choses: pour lui, je ne représente pas un numéro et, franchement, il est grand temps que je passe à autre chose... Une fois entré dans la salle d'examen, il m'examine et conclut: "je suis très satisfait du résultat". Je souris, situation absurde oblige, docteur, tu parles de mon sein n'est-ce pas? De toute façon, j'enchaîne en lui demandant s'il en a enlevé moins que prévu. "Non, c'était toute une masse que j'ai envoyé au labo". Il s'attarde à mon drain et décide de le retirer. Ouch! Petit cinq secondes de choc mais une fois la procédure terminée, je me sens soulagée.

Pendant que l'infirmière refait mon pansement et nettoie le tout, je jase avec mon grand chum. Il m'explique que pendant la chirurgie, le pathologiste a procédé à une analyse préliminaire et ne détectait pas de cancer dans la zone harponnée. Le prétendu reste de tumeur repéré à l'échographie représenterait plutôt des tissus cicatriciels suite aux biopsies de septembre. Confiant, il me rassure que selon son expérience, nous pouvons espérer une marge saine car il a enlevé un bon deux centimètres autour des dits tissus cicatriciels. N'osant pas trop me réjouir, j'accueille la nouvelle avec retenue. Quant aux ganglions, il m'affirme n'avoir rien vu d'anormal mais, encore là, il faut attendre le rapport de pathologie. Pour le reste, nous jasons de l'entrée à la garderie de son garçon (!), de ma sortie rapide de l'hosto qu'il a constatée sur Facebook via un ami commun (!), de cet ami commun (!), d'une rencontre future ailleurs qu'en clinique (!). Officiellement, il veut me revoir dans deux semaines.

La physiothérapie

Je pratique mes exercices assidûment et mon bras me fait moins souffrir. Un mois après la chirurgie, le 8 mars donc, je dois rencontrer la physio. Le matin même, je constate un nerf assez apparent sous mon bras et je le lui mentionne. Ce nerf apparent s'appelle un "cordon" et cette séquelle opératoire fréquente nécessite une attention professionnelle environ trois fois par semaine. En bref, elle doit me masser le nerf (!) ce qu'elle fait ce matin-là: c'est douloureux et j'en ai les larmes aux yeux.

Pour le reste, elle prend les mesures d'amplitude de mes mouvements pour déterminer la suite des exercices à faire et de mes bras pour le monitorage d'un potentiel lymphoedeme. Pour l'instant, l'amplitude de mes mouvements n'optimise pas à cause du cordon mais je ne présente aucun signe de lymphoedeme. Cette semaine, je dois la revoir mercredi et vendredi.

Je la quitte donc pour aller rencontrer Dr. P. et obtenir mes résultats de pathologie...

jeudi 4 mars 2010

La Poule et le Furet

Auparavant, la Poule en parfaite santé, bénéficiait des meilleures primes d'assurance sur le marché.
Son statut prestige bien établi, le Furet la dorlotait en lui proposant des produits pour la bien protéger.
La vente de ces dispendieuses polices nécessitait que le Furet, complice, déploie ses compétences
afin de convaincre la Poule de couvrir ses éventualités et acheter les dits produits d'assurance.

Une fois le cancer survenu, la Poule consulta sa police maladie grave pour réclamer son dû.
Force lui fut de constater que le cancer s'était manifesté trop tôt et qu'en assurances, point de salut.
L'avocate en elle pigea illico qu'elle recevrait que dalle mais qu'il fallait aviser le Furet prestement.
Après douze jours sans retourner la balle, le Furet apprit de la Poule la mauvaise nouvelle et le verdict emmerdant.

Le Furet, rassurant, prétendit que la bonne foi de la Poule induirait un dénouement en sa faveur.
Il lui conseilla également de réclamer l'exonération de ses primes, au grand étonnement de la Poule d'ailleurs.
Pour procéder, la Poule et ses médecins devaient diligemment remplir moult formulaires harassants.
Après une semaine, le Furet achemina les documents que la Poule remit néanmoins en un délai satisfaisant.

Un peu plus d'un mois de furetage plus tard, les demandes se trouvaient entre les mains du grand Terrier.
Deux mois passèrent, la Poule attendait le Furet relativement à sa tendre moitié et sa police-invalidité.
Bien évidement, la Poule ne bénéficia pas d'une telle félicité, aggravant l'urgence des règlements.
Lors de cette visite retardée, la Poule comprit que tout pourrait se conclure dans la semaine, diligemment.

La Poule, après des semaines, participa à la recherche de son dossier médical, tombé entre deux bureaux.
La Poule, amène, dut aider à retrouver le précieux dossier puisque le Furet ne lui répondait pas presto.
Souhaitant un règlement avant Noël, la Poule fit plutôt face à l'ouverture d'une brèche:
accidentellement, le Furet lui annonça la non-exonération des primes comme affirmé sans recherche.

Pendant tout un mois de cyber-monologues déplorables, le Furet ne répondit pas, débordé comme toujours.
Enfin, le Furet annonça la décision défavorable, confirmant le verdict de la Poule, logique mais trop lourd.
Pour compenser, la Poule tenta de récupérer son pécule et de réduire son épargne pendant son invalidité.
L'histoire se répèta: la Poule, telle une émule, courut à la suite du Furet qui ne se montra pas plus empressé.

La lenteur du Furet se digérait sans trop de heurt, la Poule devenue sage par la maladie, encaisse.
Mais, la borne fut franchie sans pudeur quand le Furet afficha une condescendante et inadmissible impolitesse.
Le Furet poussa l'audace jusqu'à ordonner à la Poule d'apprécier ses efforts ardus ce qui la mit plutôt en rage.
La Poule et l'amoureux, perspicaces, voulurent rompre ce lien d'affaires superflu mais décidèrent d'attendre après l'orage.

En affaires et en général, il faut parfois attendre et se montrer sages.
En assurances, point de salut, les mots noir sur blanc prédominent, sans ambages.

mardi 2 mars 2010

Phase II - La suite

La veille de la chirurgie, Dr. P. fait (encore) preuve d'empathie à mon endroit. Il me rappelle à la maison pour me rassurer et il comprend parfaitement que l'appel impromptu du Radiologue-qui-ne-se-mêle-pas-de-ses-affaires puisse m'induire du stress.  Fini les "vous", nous discutons comme de vieux chums et remettons les pendules à l'heure. Cette conversation finit de me convaincre de mon entière confiance en lui.  Depuis notre première rencontre du mois de septembre où il procédait à la première biopsie, Facebook nous a confirmé la théorie des "six degrés de séparation"qui, dans mon patelin, se traduit bien souvent à deux (au plus, trois) degrés. Très clairement, il sait que nous partageons des amis et m'a vue passer en commentaires et vice-versa. Il ne me considère pas comme un numéro, il sait mon âge, ma situation familiale. Bref, sa conjointe pourrait très bien occuper ma place: vomir subir sa chimio pendant toute une saison, perdre un quart de son sein, subir une radiothérapie, combattre la bête jour après jour. J'extrapole.

La journée de la chirurgie

Le harpon

Le plan initial demeure et le lendemain, 11 février à six heures quarante-cinq du mat', nous voilà sur l'autoroute pour une heure de route vers l'hôpital où on m'installera ce controversé harpon. L'Homme et moi nous pointons au département de radiologie une quinzaine de minutes avant l'heure prévue (huit heures). La réceptionniste qui m'accueille me répond avec un air de boeuf m'invite à m'ordonne de m'asseoir dans la salle d'attente. Bien qu'elle travaille en milieu hospitalier, elle ne comprend pas. On devrait enseigner aux intervenants en maladie santé toute la force d'un petit sourire, d'une manifestation de chaleur. M'enfin. Après quelques minutes, une infirmière, fort sympathique celle là, m'indique le "vestiaire" pour que j'enfile une jaquette d'hôpital. Ça y est! Ma journée commence.

Peu après, toute de vert malade vêtue, je m'entends appelée (enfin) en salle d'échographie où une technicienne et un radiologue m'attendent. La technicienne procède à l'examen préliminaire pendant que je me concentre avec curiosité sur l'écran. Je lui demande alors ce qu'elle cherche et elle m'explique comment regarder les glandes mammaires et je cherche avec elle toute trace d'anormalité. Fascinée, je constate avec elle que la masse, disparue à la palpation, n'apparaît pas sous échographie. L'absence de marqueur l'étonne et le radiologue qui fait son entrée m'explique qu'eux placent systématiquement un marqueur lors des biopsies initiales. Soit. Maintenant, le voilà qui cherche à son tour la tumeur du 2 septembre, celle qui m'a tant fait souffrir, pleurer, grandir. Celle qui occupe constamment mes pensées des derniers cinq mois. La maudite bosse. Après quelques minutes, il déniche une lésion qui pourrait représenter des tissus cicatrisés suite aux biopsies de septembre. Selon lui, la tumeur initiale prenait la forme d'une "balloune" et, maintenant dégonflée, n'en reste qu'une enveloppe aplatie. Voilà donc le site où il placera le harpon. En fait, les harpons puisqu'il en insérera deux à chaque bout de ladite enveloppe aplatie.

Deux petites doses d'anesthésiant (encore des piqûres, décidément, il faut s'y faire), douloureuse inconfortable, cela dure environ deux, trois minutes. Puis, il insère les deux harpons, deux fines tiges dont environ 10 cm dépassent de mon sein... que la technicienne panse sur mon sein. Vraiment élégant. Le radiologue me dirige en mammographie dans le but de s'assurer que les harpons indiquent le bon endroit. La technologue en mammographie procède, sous le regard attentif d'un étudiant. Je ne peux m'empêcher de penser que ce jeunôt a compris quelque chose... technicien en mammographie... Après la mammo, la technologue observe les clichés et, fidèle à ma curiosité, je demande à voir. Enthousiaste, elle me montre les clichés du jour que nous comparons à ceux du 2 septembre 2009. Quel contraste! À ce moment, je saisis toute l'efficacité de la chimiothérapie. Revigorée par ces images, je sors enfin de la salle d'examen, toujours en jaquette d'hôpital car je ne peux me rhabiller pour le voyage du retour. Le radiologue confirme le succès de la pose du harpon et nous voilà sur le chemin du retour. Il est dix heures.

Arrêt à la clinique de radiologie

Comme indiqué par l'infirmière du bloc opératoire, j'arrête à la clinique de radiologie de mon patelin pour leur laisser les clichés de mammographie du 2 septembre et du 11 février. La fort sympathique réceptionniste ne semble pas avoir envie de comprendre pourquoi je lui apporte des clichés de mammographie. Allo? je dois subir une chirurgie cet après-midi et nous tentons de conserver mon sein. La terre appelle la bêtasse-qui-ne-pense-qu'à faire-payer-les-pauvres-jeunes-femmes-à-qui-on-trouve-un-cancer. Après une brève explication, elle comprend (enfin) et avise Radiologue-froid-qui-ne-se-mêle-pas-de-ses-affaires de mon arrivée; il conservera certains clichés et me laissera les autres à l'attention de Dr. P. Après une bonne vingtaine de minutes, il m'appelle et me dit bêtement qu'il ne voit plus rien sur les clichés. Je sais ça, merci. Malgré mes études en non-médecine, mes capacités intellectuelles me permettent de mémoriser, et même de comprendre, oui, oui, comprendre, lorsqu'un radiologue, une technicienne en écho et une technologue en mammo me parlent de la non-existence d'une masse. Il est si bête... si seulement, je me sentais forte mais ces foutus harpons briment mes mouvements... sinon, je lui arracherais des poils de barbe à mains nues.

En chirurgie d'un jour

Enfin, après les formalités administratives, je me présente en chirurgie d'un jour même si je subis une chirurgie non d'un jour. Les infirmières m'accueillent avec le sourire, elles font preuve d'empathie. Puis, j'attends. Vers treize heures, on m'appelle pour m'amener au bloc. À ce stade, j'attends l'anesthésie avec impatience, je veux me réveiller et que tout soit terminé.

En attente au bloc, je rencontre une compagne du CÉGEP oubliée depuis vingt ans, elle est maintenant inhalothérapeute, on placote.. au bloc opératoire avec nos petits chapeaux verts. Super ambiance pour des retrouvailles. L'anesthésiste passe ensuite me voir pour remplir sa paperasse, fort sympathique, il m'inspire immédiatement confiance. Puis, au tour de Dr. P. de se pointer pour les dernières discussions préopératoires, je lui remets le croquis de l'enveloppe aplatie et des harpons, petit souvenir du radiologue de l'hôpital à une heure de mon patelin. Tout semble clair. Il m'explique comment il fera l'incision, ce qu'il fera et je lui précise que je lui accorde toute ma confiance et que "je suis en mode survie", au besoin, il faut enlever la bête au détriment de l'esthétique.

En salle d'opération de réveil

À treize heures quarante, j'entre en salle d'opération où l'anesthésiste peine à m'installer le cathéter. Décidément, il est grand temps que cette aventure s'achève. Après deux tentatives, me voilà affublée (à nouveau) d'un cathéter et l'anesthésiste m'injecte un calmant, je plane. Je ris. On m'installe un masque...

... une douleur au sein gauche. "Je me suis accrochée dans mes harpons". Puis, un ange me parle: "madame, vous n'avez plus de harpons; vous êtes opérée, votre sein est toujours là". C'est fini... Pour soulager la douleur, elle m'injecte de la morphine. Ouf! je somnole, je divague un peu. Une infirmière vient me voir et me demande si je la reconnais. "Ben oui! tu es la soeur de Dodo". Quelle sensation de connaître tout le monde dans une situation aussi cruciale. Je somnole après m'être assurée qu'elle saluera Dodo de ma part.

Entre deux eaux, j'ouvre mes yeux et aperçoit Dr. P. qui m'annonce qu'il ne trouvait plus rien dans mon sein mais a enlevé le lit de la bête disparue. Quant aux ganglions, comme prévu, il a enlevé la chaîne axillaire ce qui explique la raideur dans mon bras gauche. Je pose quelques questions et m'endors à nouveau, il est quatre heures vingt à l'horloge. Une heure plus tard, j'ouvre les yeux, encore une fois pour trouver Dr. P. à mes côtés. Je pose encore quelques questions.. "je me répète, hein? je suis mêlée". Il rit: "pas grave" qu'il m'assure. À ce moment, je divague un peu:

- Mercis.
- C'est ok.
- Mercis et bonnes vacances!
- ...
- Je dois te dire quelque chose: ton garçon et ma filleule partagent une place en garderie.
- Oui, mon garçon entre à la garderie dans deux semaines.
- Et c'est l'amie de ma soeur qui t'a vendu ton voyage. On te "surveillait" pour que tu m'opères avant ton départ.

Là, il rit franchement et les infirmières lui souhaitent toutes un bon voyage et de bonnes vacances. Combien de degrés de séparation donc?

Mes signes vitaux se comportent normalement et on me transfère à ma chambre (privée) où je finis de me réveiller. La soirée se déroule normalement avec l'Homme et mon père. Je suis si bien, je me sens soulagée, libérée. Bien.