jeudi 21 janvier 2010

Docteur Moi (Part IV)


Sous la douche, hier, pour la millionnième (sic) fois depuis l'été dernier, je procédai à mon auto-examen.  Pour tout dire, je pense à un side-line après ma guérison: CAtharsis, assistance à domicile pour l'auto-examen des seins / service discret, rapide, courtois et professionnel / quinze minutes par mois pour votre santé / 1 800 boob care.

Donc, pour la millionnième (sic) fois, le manège recommence: sous la douche, debout, couchée, sur le côté, assise... hé! ho! je ne récite pas le kama sutra, concentrons-nous un peu là, ce sont les positions pour l'auto-examen efficace des seins. Cette fois-ci, la procédure dure plus d'une demi-heure. Où est la bosse? La scientifique en moi procède mécaniquement, tente d'oublier ses émotions, se concentre sur l'expérience en cours.

Première observation: Mes deux seins m'apparaissent maintenant pareils.
Deuxième observation: La bosse ne se palple plus.
Troisième observation: Je souris tellement que si je tombe, je me casse une dent! (encore?)
Quatrième observation: Vivement une échographie parce que je me ralentis le sourire de crainte de m'imaginer une guérison. Mon subconscient me joue-t-il un mauvais tour? Difficile d'extraire les émotions du processus.

La veille, j'ai dû me lever vers 1h00 du mat' parce que les tiraillements, chocs électriques, sensations d'ecchymose dans mon sein m'empêchaient de dormir. Se pourrait-il que, malgré mon (non) traitement de jeudi dernier, la mini-dose ait fait son chemin? La force du subconscient n'a d'égal que la grandeur du désir de guérir...
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Voici des liens utiles pour comprendre et bien faire son auto-examen... ben non, je ne vais pas entreprendre un side line, vous êtes parfaitement en mesure de le faire seules, allez les girls, ça prend quelques minutes seulement. N'oublions jamais que ce cancer-là, nobody cared but me, je l'ai trouvé toute seule comme une grande fille et maintenant, on le soigne grâce à ma vigilance.
1) Un site vraiment complet avec vidéos à l'appui: from Ontario but very efficace!
2) La brochure de la Société Canadienne du Cancer: L'auto examen des seins, ce que vous pouvez faire.

mercredi 20 janvier 2010

Les dommages collatéraux

Délibérément, je repousse le compte-rendu de ma sixième (non) chimiothérapie. Cette première ronde de chimio, je la veux dans un tiroir du passé et je ne souhaite pas y fouiller. Du moins, pas pour l'instant. Le moment de détresse des derniers jours suite à mon (non) traitement fut paniquant mais, comme pour tout le reste depuis ce diagnostic-là, ma voix intérieure m'a guidée et je l'ai écoutée sans compromis. La panique de toucher le fond, la panique de sombrer, la panique de mes larmes soudaines, la panique du bateau déserté. Dans ces moments-là, personne ne semble savoir quoi, quand, comment faire pour me secourir. Mais, ma propre voix me conseillait de laisser toute cette morosité s'emparer de moi pour mieux en évacuer le trop-plein. Mission accomplie. Je vois clair et je souris.

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Le cancer du sein se guérit-il bien? Non, il ne se se guérit pas bien le cancer du sein, il se guérit difficilement le cancer du sein. Au gré de sa propre force dévoilée lors de combats extrêmes contre son propre corps. Au prix de sa vie d'avant. Avec dommages collatéraux.


La semaine prochaine, je m'attaque à un deuxième jalon sur mon parcours et je rencontre le chirurgien. Bien sûr, décrire cette chirurgie pourrait se faire tout en douceur, longuement, en tordant les mots pour leur faire dire ce que vous voulez entendre, en enveloppant la réalité dans de la ouate à cinq cennes. Fidèle à moi-même, je vais éviter les détours: le chirurgien va retirer ce cancer-là de mon corps. Tout simple, non?

Bien sûr, pour les non-malades, la perspective d'une cicatrice permanente sur le sein ne s'entend pas de la même logique que pour moi, la patiente qui connaît l'existence de cet intrus depuis déjà cinq mois. Cinq mois le 2 février prochain que je sais ce cancer-là logé dans mon sein gauche. Cinq mois à tâter, tatonner, pétrir, toucher cet endroit précis dans l'espoir d'une guérison miracle ou, plus pragmatiquement, pour vérifier l'efficacité de la chimiothérapie. Cinq mois à vivre au rythme de la guérison tout en sachant très bien que pour chasser l'intrus définitivement, l'étape déterminante sera la chirurgie. La conscience constante de cette tumeur, repérable à l'aveugle tellement j'en connais chaque millimètre, le subconscient toujours orienté vers ce corps étranger qui me semble souvent se mesurer en mètres à force de m'importuner l'esprit. Si l'aspect esthétique de cette chirurgie m'inquiète? Oui mais jamais comme la sensation désagréable que ce cancer-là squatte actuellement mon corps guettant sournoisement la moindre ouverture pour se faufiler dans les interstices de ma santé. À ce stade-ci, j'implore le bistouri, j'attends impatiemment la chirurgie comme une libération. Pour la première fois en plusieurs mois, mon corps sera libre du cancer. Voilà ma perspective.

Pour toutes les femmes non atteintes, le cancer du sein représente une triste mais vague possibilité. Toutefois, les nombreuses personnalités publiques atteintes dont on ne verra jamais les cicatrices créent une illusion. L'illusion que le cancer du sein se guérit bien et sans conséquence. On voudrait tellement que ce cancer-là ne soit qu'un dur moment à passer, sept, huit, neuf, douze mois et puis, pouf! plus rien, il n'y paraîtrait plus, aucune cicatrice, aucune conséquence, la vie d'avant reprendrait son cours tranquille. On souhaiterait que de l'autre côté de la guérison, il ne reste qu'un vague souvenir, évoqué de temps à autres avec nostalgie et romantisme, de cette année-là où une femme, une fille, une amie, une soeur, une cousine, une collègue a mené avec succès et courage un combat de tous les instants. Et qu'elle en soit sortie grandie, plus heureuse, plus forte, plus belle. C'est peut-être ça, finalement?

Pour les dommages collatéraux, je les comprend, je les accepte, je les accueille comme une nécessité à ma guérison. À ce stade-ci, je vis pour le moment où le cancer ne logera plus en mon sein. La délivrance.

Le cancer du sein se guérit. L'oncologue me l'a dit, confirmé, confiant. Mais avant d'ajouter le mot bien, il faudra encore beaucoup, beaucoup de recherches et de percées scientifiques.

jeudi 14 janvier 2010

Changer les plans: moment difficile

Solitude quand tu nous tiens: personne ne me suffit, ni mon Homme, ni mes amours, dans mon propre foyer. Terriblement seule avec les miens. L'Homme ne questionne en rien mon attitude morose, comme si éviter de parler de l'éléphant assis à mes côtés le fera disparaître. Donc ce soir, complètement seule avec ma détresse, je broie du noir. Ma détresse a deux temps. D'abord,  une détresse reliée à l'impossibilité de vraiment terminer ma chimio pour cause d'une allergie au Taxotere développée entre le deuxième et le troisième traitement (j'y reviendrai dans le compte rendu de ma sixième chimiothérapie). Ne pas terminer le protocole initialement établi ouvre un immense vide sous mes pieds et je tente bien difficilement d'éviter d'y sombrer. Le Taxotere attaquait la tumeur avec virulence et je tenais à cette troisième dose comme une nécessité dans mon plan de survie. Cette partie-là, j'en conviens, peut s'avérer difficile à comprendre. Et pourtant, vivre avec ce cancer-là logé dans son propre corps rend toute son importance à l'absorption des poisons guérisseurs. Malgré les effets secondaires, malgré le Neupogen pendant sept jours, malgré les risques associés à la chute des globules blancs, les effets bénéfiques supplantaient largement les inconvénients et j'implorais cette dernière dose. Mon corps en a décidé autrement, ce corps fatigué d'avoir combattu des infections, d'avoir subi des attaques répétées, ce corps fatigué assurément des effets secondaires et autres dommages collatéraux.

Les vrais bons côtés à tout ça, s'il en est: le chirurgien fixera vraisemblablement une date d'opération plus rapide, probablement la première semaine de février et je dispose de trois semaines supplémentaires pour refaire mes énergies avant cette chirurgie.

L'autre nouvelle me plaçant en détresse: je fais désormais face à une nouvelle donnée, de taille. Selon Co-Onco, je pourrais devoir subir de la chimiothérapie post-opératoire avant la radiothérapie. Comment diable puis-je apprendre cette possibilité précisément à la date prévue de ma supposée dernière chimio? Je la digère de travers celle-là. Autant je voulais mon dernier traitement d'aujourd'hui, autant je veux passer en radiothérapie après la chirurgie. Les changements de plan ne constituent pas mon dada. J'aime les plans clairs, efficaces, à long terme, fiables et surtout, respectés. Onco m'avait pourtant bien dit lors de notre première rencontre qu'après la chirurgie, on passait à la radio. Un peu déçue la patiente.

Je me visualisais avec des cheveux dans quelques mois...
Je me visualisais finir mes traitements vers les mois d'avril-mai et passer un été relax...
Je me visualisais prendre des spas relax chez nous pendant les mois d'été...
Je me visualisais avec quatre mois à faire avant de sortir de ce marasme médical...

Elle a parlé de possibilité de chimiothérapie post-opératoire. Il me faut voir la possibilité de ne pas en avoir parce que les indicateurs de ma tumeur et des ganglions enlevés lors de la chirurgie n'indiqueront pas la nécessité de cette chimio post-op.

Je me visualise donc toujours... mais, plus difficilement. Y croire.

mardi 5 janvier 2010

Bilan 2009 :)

Ton année 2009 en deux mots: Difficile surprise.

Ta chanson marquante 2009:  The Story, Brandi Carlisle.

Ton film marquant 2009: Slumdog Millionnaire. Suivi pas très loin de Polytechnique.

Un bon coup fait en 2009: Revenir installer mes pénates dans mon patelin. Démissionner d'un emploi qui m'empêchait d'étendre mes ailes ET me dénicher un emploi dans mon patelin.

Le bilan de tes amours en 2009: Ma plus grande réussite de 2009 fut d'apprendre à m'aimer assez pour prendre des décisions pour moi. L'Homme demeure mon pilier, mon phare à travers les épreuves. Mes filles sont magnifiques et, comme si c'était possible, je les aime plus de jour en jour. Mes amis sincères qui m'aident à porter mon fardeau lorsque je fléchis, leur présence m'apaise.

Une découverte de 2009: Ma force intérieure, insoupçonnée auparavant.

Une personne et/ou personnalité qui a marqué ton année 2009: Geneviève Borne, pour des raisons bien évidentes.

L'événement marquant de 2009: Ai-je vraiment besoin de répondre à cela?

Un regret de 2009: Mon demi-marathon miné par ma blessure au dos du mois de mars puis, par les événements de l'automne.

Une résolution pour 2010: Demeurer forte dans l'adversité, guérir, recommencer à travailler. Aimer passionnément. Profiter de la vie, saisir le bonheur. Au deuxième degré: Reprendre la course à pied une fois la guerre achevée.

lundi 4 janvier 2010

Lhasa

À écouter avec votre coeur: La Marée haute.

Lhasa de Sela, 37 ans, décédée des suites d'un cancer du sein qu'elle combattait depuis près de deux ans. Désormais mon ange en musique.

Foutu, Saloperie de, Cochonnerie de, Maudit, Crisse de cancer. Point.