mercredi 10 février 2010

Phase II

Semaine du 25 janvier

Le lundi matin 25 janvier, l'Homme et moi nous rendions à l'hosto pour rencontrer Dr. P., le chirurgien rencontré le 4 septembre dernier pour ma première biopsie. C'était alors mon entrée dans le merveilleux monde de la santé. Mon ironie ne réfère aucunement à la qualité des soins ou encore moins à la compétence du personnel; à ce chapitre, je dois souligner que je vis une expérience fort positive. Non, mon ironie tient plutôt de l'aversion naturelle propre à l'être humain pour tout ce qui boite, tremble, s'affaiblit, pour la madie quoi.

Cinq mois depuis ma dernière rencontre avec Dr. P., aussi bien dire une éternité dans ma lecture actuelle du temps qui passe. Mes souvenirs de cette biopsie afffuent pourtant bien précisément: chaque mot échangé, chaque geste, chaque regard d'espoir. Car, à ce moment-là, l'espoir ou du moins une petite étincelle de celle-ci, se nichait toujours quelque part entre ma tête et mon coeur. Tout ça pouvait encore mener à un diagnostic de kyste, de fibrome, d'adénome non cancéreux, de glande mammaire surexcitée, de mastite. D'ailleurs, je dois maintenant avouer que ma tête habituellement froide ou, du moins, réaliste m'a fait faux bond: je croyais encore, même après l'annonce de ce cancer à une erreur sur la biopsie. Du 11 septembre, date du diagnostic, jusqu'à la mi-octobre, quelques semaines après ma première chimio (oui, oui, APRÈS), j'attendais sottement et secrètement l'appel de l'IP qui m'annoncerait que tout ça était une erreur du labo et que je souffrais finalement d'un petit mal bien bénin. Dans mes rêves les plus fous, je riais de m'être rasé le crâne pour "rien" et toute l'aventure finissait là.

J'en profite pour vous raconter l'annonce de ce cancer, trouvez-vous une doudou pour vous couvrir parce que la froideur de l'anecdote peut causer, chez certaines personnes, la chair de poule. Cette anecdote justifie à elle seule mon attittude insistante pour que ce soit le Dr. P. qui m'opère. Le 11 septembre 2009, j'attends avec l'Homme dans la salle d'examen depuis bientôt trente minutes, l'espoir scintille encore dans nos coeurs. L'espoir puisque, selon Dr. P., qui avait pratiqué la biopsie la semaine précédente, le cancer ne semblait plus une certitude. Lors de la biopsie, Dr. P. ayant découvert avec surprise une composante kystique dans ma "tumeur" espérait autant que nous qu'il ne s'agisse que d'un kyste ou d'une infection. Son réel soulagement face à cette possibilité nouvelle me le fit aimer instantanément. Un chirurgien authentiquement chaleureux, ça ne court pas les rues. Pendant une semaine, nous avions donc l'espoir bien accroché que le mot cancer n'entre pas dans notre vie. Au bout d'une demi-heure, c'est plutôt Dr. Sans Regard qui entre dans la salle d'examen. Il me voit à peine et entreprend de se laver les mains. Tout en se lavant les mains (les adeptes du catéchisme, ça rappelle une certaine anecdote, non?), il me dit sans aucune intonation: "selon le rapport préliminaire du laboratoire, tout indique que les cellules sont cancéreuses, je remplis les documents et vous réfère immédiatement en oncologie", il s'essuie les mains et quitte la salle sans même un regard sur moi, la sale patiente atteinte de cette sale maladie. L'Homme et moi sommes cloués sur place. L'espoir anéanti.

Le harpon

Le 25 janvier dernier donc, je fais l'éducation de Dr. P. sur mon cas. Cinq mois plus tard, cinq traitements de chimiothérapie plus tard, je ne trouve plus la masse. Voilà l'essentiel, non? Il écoute bien mon histoire et entreprend l'examen pour trouver une masse palpable. Il confirme mon diagnostic et je tente de le convaincre qu'il reste "une petite affaire". Non, rien, il réprime un rire... pendant que je souris, soulagée. Voilà l'essentiel, non?

Oui mais... Pour repérer et localiser la masse restante, s'il en est, Dr. P. suggère une procédure préopératoire : l'installation d'un harpon. Le radiologue de l'hôpital de mon patelin ne pratique pas cette intervention ce qui implique un aller retour à un hôpital situé à environ une heure de route le matin même de la chirurgie. L'Homme et moi expliquons à Dr. P. qu'avant notre déménagement de l'été dernier, nos deux princesses sont nées à cet hôpital dont nous apprécions les médecins et services. Aussi, la balade en voiture ne constitue pas un obstacle pour nous. Nous optons donc, en équipe, pour cette procédure.

Soit.

La quadrantectomie

Malgré le succès de la chimiothérapie, malgré le harpon, malgré mon sein que j'aime, la chirurgie pratiquée sera une quadrantectomie, ablation d'un quadrant du sein. En gros, un quadrant équivaut à un quart du sein. Quoi rajouter? Que ce ne sera pas esthétiquement l'idéal? On le sait.

La dernière chose souhaitée serait de mettre de la pression sur Dr. P. mais, je me le dois bien, j'aborde le sujet de la potentielle chirurgie esthétique post quadrantectomie. En médecine, point d'assurance, point de certitude mais, de façon générale, il m'explique que (1) la chirurgie esthétique demeure une possibilité et (2) souvent, les liquides et tissus prennent la place restée vacante suite à la chirurgie ce qui limite le dommage esthétique.

Soit.

La radiothérapie

Selon Dr.P., il faut attendre environ trois mois avant la radiothérapie. Trois mois. Les traitements ne pourraient donc commencer avant la mi-mai pour se terminer vers la fin du mois de juin. Optimistement, j'estimais la période d'attente à environ un mois. Deux mois de plus pour me reposer et permettre la guérison des tissus de mon sein.

De plus, si le rapport de pathologie démontre toujours une ambiguïté quant à la présence de cellules cancéreuses, je subirai une deuxième ronde de chimiothérapie. Outre le fait que mes cheveux retomberaient, je m'encourage avec le fait que, de toutes façons, je devais attendre pour la radiothérapie. Rendue là, pourquoi ne pas faire une p'tite chimiothérapie? Tant qu'à ne rien faire en attendant...

Mon agenda

Dr. P. remplit donc sa paperasse à l'attention du bloc opératoire qui communiquera avec moi. Mercis, à bientôt! Il me promet de m'opérer plus tôt que plus tard et je clarifie qu'il m'opère... pas question que Dr. Sans Regard ne me touche, Dr. P. sait lire entre les lignes je pense...

J'attends donc l'appel du bloc, deux jours passent puis, l'infirmière me confirme ma chirurgie pour le 11 février. Il me reste alors deux semaines à profiter de la vie: repos, spinning, souper entre amis, jouer aux Playmobil, à la poupée, lire des histoires, aimer. Puisque le dernier traitement de chimio remonte au 21 décembre, je suis libre d'effets secondaires. Outre les bouffées de chaleur de moins en moins fréquentes, je reprends possession de mon  corps; pas de nausée, pas de fatigue excessive, l'énergie revient, je me sens bien. Très bien.

Et mes cheveux repoussent! À vue d'oeil. De semaine en semaine, on voit la différence.

Le 11 février, je dois donc faire une heure de route et me présenter à l'hôpital "hors-patelin" à 8h00 am pour l'installation du harpon puis, refaire une heure de route pour revenir dans mon patelin. Passer à la clinique de radiologie pour une mammographie puis à l'admission de l'hôpital pour confirmer que j'ai de l'assurance médicaments et enfin, en chirurgie d'un jour pour attendre ma chirurgie et ensuite, je dormirai profondément ... et me trouverai enfin en salle de réveil. En quelques lignes, je résume une journée fort mouvementée. Vivement mon congé et le retour à la maison!!!

Semaine du 8 février

Le stress préopératoire

Le mardi soir 9 février, je passe la journée chez ma mère avec ma Grande. À mon retour, je constate "Clinique de radiologie" sur l'afficheur de mon téléphone. Pas de message mais, je choisis de composer le numéro et il s'avère que le radiologue veut absolument me parler. (?)

Il tient à préciser qu'il est possible que l'hôpital n'arrive pas à m'installer de harpon s'il ne reste plus de masse. D'accord: Dr. P. et moi connaissons déjà cette possibilité.

Au passage, il écorche le radiologue de l'hôpital qui "aurait dû, lors de la biopsie sous échographie, installer un marqueur dans le site de ma tumeur". Il écorche également indirectement Dr. P. et Oncologue en indiquant "qu'ils auraient dû proposer une biopsie de mes ganglions dont un présentait assurément une métastase".

Il m'explique ensuite que la chirurgie doit nécessairement être une quadrantectomie "plus que moins". Là, je dois avouer qu'il me surprend un peu. Bien que je ne conteste pas la nature de la chirurgie, je m'inquiète de ses inquiétudes...

Il me confirme ensuite que ces éléments furent l'objet d'une discussion entre Dr. P. et lui.

Quelle discussion bizarroïde...

Que fait la patiente en oncologie lorsqu'elle capote? Elle appelle l'IP, bien sûr. Fidèle à son habitude, elle prend le temps de m'écouter et elle comprend la situation et déplore que le radiologue m'ait ainsi appelée pour "me mêler"... Afin de me rassurer, elle communiquera avec Dr. P.

Ce matin, 10 février, elle me confirme que Dr. P. m'appellera en fin de journée. Je lui exprime mon inquiétude de passer pour la patient fatiguante... Non, pas du tout, la patiente pose des questions fort pertinentes et il est bon de les adresser.

JE SUIS OPÉRÉE DEMAIN - DE RETOUR LA SEMAINE PROCHAINE

3 commentaires:

Anonyme a dit...

Toute mes pensées sont avec toi, en ce mercredi PM. Bonne chance demain bon réveil et que de belle chose pour cette étape crucial de ton combat.

Le Parrain de la tite

Francine-la-pas-fine a dit...

Vous vous rappelez, chère Isabelle, que je vous tiens toujours la main virtuellement. Particulièrement en ce 11 février.

Francine-la-pas-fine a dit...

Je viens seulement vous dire un p 'tit bonjour en passant.