mardi 2 mars 2010

Phase II - La suite

La veille de la chirurgie, Dr. P. fait (encore) preuve d'empathie à mon endroit. Il me rappelle à la maison pour me rassurer et il comprend parfaitement que l'appel impromptu du Radiologue-qui-ne-se-mêle-pas-de-ses-affaires puisse m'induire du stress.  Fini les "vous", nous discutons comme de vieux chums et remettons les pendules à l'heure. Cette conversation finit de me convaincre de mon entière confiance en lui.  Depuis notre première rencontre du mois de septembre où il procédait à la première biopsie, Facebook nous a confirmé la théorie des "six degrés de séparation"qui, dans mon patelin, se traduit bien souvent à deux (au plus, trois) degrés. Très clairement, il sait que nous partageons des amis et m'a vue passer en commentaires et vice-versa. Il ne me considère pas comme un numéro, il sait mon âge, ma situation familiale. Bref, sa conjointe pourrait très bien occuper ma place: vomir subir sa chimio pendant toute une saison, perdre un quart de son sein, subir une radiothérapie, combattre la bête jour après jour. J'extrapole.

La journée de la chirurgie

Le harpon

Le plan initial demeure et le lendemain, 11 février à six heures quarante-cinq du mat', nous voilà sur l'autoroute pour une heure de route vers l'hôpital où on m'installera ce controversé harpon. L'Homme et moi nous pointons au département de radiologie une quinzaine de minutes avant l'heure prévue (huit heures). La réceptionniste qui m'accueille me répond avec un air de boeuf m'invite à m'ordonne de m'asseoir dans la salle d'attente. Bien qu'elle travaille en milieu hospitalier, elle ne comprend pas. On devrait enseigner aux intervenants en maladie santé toute la force d'un petit sourire, d'une manifestation de chaleur. M'enfin. Après quelques minutes, une infirmière, fort sympathique celle là, m'indique le "vestiaire" pour que j'enfile une jaquette d'hôpital. Ça y est! Ma journée commence.

Peu après, toute de vert malade vêtue, je m'entends appelée (enfin) en salle d'échographie où une technicienne et un radiologue m'attendent. La technicienne procède à l'examen préliminaire pendant que je me concentre avec curiosité sur l'écran. Je lui demande alors ce qu'elle cherche et elle m'explique comment regarder les glandes mammaires et je cherche avec elle toute trace d'anormalité. Fascinée, je constate avec elle que la masse, disparue à la palpation, n'apparaît pas sous échographie. L'absence de marqueur l'étonne et le radiologue qui fait son entrée m'explique qu'eux placent systématiquement un marqueur lors des biopsies initiales. Soit. Maintenant, le voilà qui cherche à son tour la tumeur du 2 septembre, celle qui m'a tant fait souffrir, pleurer, grandir. Celle qui occupe constamment mes pensées des derniers cinq mois. La maudite bosse. Après quelques minutes, il déniche une lésion qui pourrait représenter des tissus cicatrisés suite aux biopsies de septembre. Selon lui, la tumeur initiale prenait la forme d'une "balloune" et, maintenant dégonflée, n'en reste qu'une enveloppe aplatie. Voilà donc le site où il placera le harpon. En fait, les harpons puisqu'il en insérera deux à chaque bout de ladite enveloppe aplatie.

Deux petites doses d'anesthésiant (encore des piqûres, décidément, il faut s'y faire), douloureuse inconfortable, cela dure environ deux, trois minutes. Puis, il insère les deux harpons, deux fines tiges dont environ 10 cm dépassent de mon sein... que la technicienne panse sur mon sein. Vraiment élégant. Le radiologue me dirige en mammographie dans le but de s'assurer que les harpons indiquent le bon endroit. La technologue en mammographie procède, sous le regard attentif d'un étudiant. Je ne peux m'empêcher de penser que ce jeunôt a compris quelque chose... technicien en mammographie... Après la mammo, la technologue observe les clichés et, fidèle à ma curiosité, je demande à voir. Enthousiaste, elle me montre les clichés du jour que nous comparons à ceux du 2 septembre 2009. Quel contraste! À ce moment, je saisis toute l'efficacité de la chimiothérapie. Revigorée par ces images, je sors enfin de la salle d'examen, toujours en jaquette d'hôpital car je ne peux me rhabiller pour le voyage du retour. Le radiologue confirme le succès de la pose du harpon et nous voilà sur le chemin du retour. Il est dix heures.

Arrêt à la clinique de radiologie

Comme indiqué par l'infirmière du bloc opératoire, j'arrête à la clinique de radiologie de mon patelin pour leur laisser les clichés de mammographie du 2 septembre et du 11 février. La fort sympathique réceptionniste ne semble pas avoir envie de comprendre pourquoi je lui apporte des clichés de mammographie. Allo? je dois subir une chirurgie cet après-midi et nous tentons de conserver mon sein. La terre appelle la bêtasse-qui-ne-pense-qu'à faire-payer-les-pauvres-jeunes-femmes-à-qui-on-trouve-un-cancer. Après une brève explication, elle comprend (enfin) et avise Radiologue-froid-qui-ne-se-mêle-pas-de-ses-affaires de mon arrivée; il conservera certains clichés et me laissera les autres à l'attention de Dr. P. Après une bonne vingtaine de minutes, il m'appelle et me dit bêtement qu'il ne voit plus rien sur les clichés. Je sais ça, merci. Malgré mes études en non-médecine, mes capacités intellectuelles me permettent de mémoriser, et même de comprendre, oui, oui, comprendre, lorsqu'un radiologue, une technicienne en écho et une technologue en mammo me parlent de la non-existence d'une masse. Il est si bête... si seulement, je me sentais forte mais ces foutus harpons briment mes mouvements... sinon, je lui arracherais des poils de barbe à mains nues.

En chirurgie d'un jour

Enfin, après les formalités administratives, je me présente en chirurgie d'un jour même si je subis une chirurgie non d'un jour. Les infirmières m'accueillent avec le sourire, elles font preuve d'empathie. Puis, j'attends. Vers treize heures, on m'appelle pour m'amener au bloc. À ce stade, j'attends l'anesthésie avec impatience, je veux me réveiller et que tout soit terminé.

En attente au bloc, je rencontre une compagne du CÉGEP oubliée depuis vingt ans, elle est maintenant inhalothérapeute, on placote.. au bloc opératoire avec nos petits chapeaux verts. Super ambiance pour des retrouvailles. L'anesthésiste passe ensuite me voir pour remplir sa paperasse, fort sympathique, il m'inspire immédiatement confiance. Puis, au tour de Dr. P. de se pointer pour les dernières discussions préopératoires, je lui remets le croquis de l'enveloppe aplatie et des harpons, petit souvenir du radiologue de l'hôpital à une heure de mon patelin. Tout semble clair. Il m'explique comment il fera l'incision, ce qu'il fera et je lui précise que je lui accorde toute ma confiance et que "je suis en mode survie", au besoin, il faut enlever la bête au détriment de l'esthétique.

En salle d'opération de réveil

À treize heures quarante, j'entre en salle d'opération où l'anesthésiste peine à m'installer le cathéter. Décidément, il est grand temps que cette aventure s'achève. Après deux tentatives, me voilà affublée (à nouveau) d'un cathéter et l'anesthésiste m'injecte un calmant, je plane. Je ris. On m'installe un masque...

... une douleur au sein gauche. "Je me suis accrochée dans mes harpons". Puis, un ange me parle: "madame, vous n'avez plus de harpons; vous êtes opérée, votre sein est toujours là". C'est fini... Pour soulager la douleur, elle m'injecte de la morphine. Ouf! je somnole, je divague un peu. Une infirmière vient me voir et me demande si je la reconnais. "Ben oui! tu es la soeur de Dodo". Quelle sensation de connaître tout le monde dans une situation aussi cruciale. Je somnole après m'être assurée qu'elle saluera Dodo de ma part.

Entre deux eaux, j'ouvre mes yeux et aperçoit Dr. P. qui m'annonce qu'il ne trouvait plus rien dans mon sein mais a enlevé le lit de la bête disparue. Quant aux ganglions, comme prévu, il a enlevé la chaîne axillaire ce qui explique la raideur dans mon bras gauche. Je pose quelques questions et m'endors à nouveau, il est quatre heures vingt à l'horloge. Une heure plus tard, j'ouvre les yeux, encore une fois pour trouver Dr. P. à mes côtés. Je pose encore quelques questions.. "je me répète, hein? je suis mêlée". Il rit: "pas grave" qu'il m'assure. À ce moment, je divague un peu:

- Mercis.
- C'est ok.
- Mercis et bonnes vacances!
- ...
- Je dois te dire quelque chose: ton garçon et ma filleule partagent une place en garderie.
- Oui, mon garçon entre à la garderie dans deux semaines.
- Et c'est l'amie de ma soeur qui t'a vendu ton voyage. On te "surveillait" pour que tu m'opères avant ton départ.

Là, il rit franchement et les infirmières lui souhaitent toutes un bon voyage et de bonnes vacances. Combien de degrés de séparation donc?

Mes signes vitaux se comportent normalement et on me transfère à ma chambre (privée) où je finis de me réveiller. La soirée se déroule normalement avec l'Homme et mon père. Je suis si bien, je me sens soulagée, libérée. Bien.

3 commentaires:

Francine-la-pas-fine a dit...

Très heureuse d'avoir de vos nouvelles et, surtout, surtout, de constater que la "cochonnerie" a été "brûlée"et que vous conservez votre précieux sens de l'humour et de la dérision. Je vous embrasse virtuellement!

Anonyme a dit...

Ouf ! Que je suis heureuse d'avoir ces nouvelles. Là, c'est vrai que le pire est passé ! L'avenir ne peut qu'être meilleur. Je continue de penser à toi. XX

Anonyme a dit...

hihi, je souris et j'ai les larmes aux yeux. Votre histoire me touche tellement. Contente de vous savoir du "bon côté" maintenant, vraiment.
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