lundi 14 décembre 2009

Chimiothérapie: quatrième cours pratique

Oui, oui, je suis en retard... Je recevais mon quatrième traitement le 3 décembre dernier.

Le 2 décembre

Pour que ce compte-rendu de chimio prenne tout son sens, je dois commencer avec la veille de celle-ci, soit le 2 décembre, journée fort éprouvante à tous points de vue. Comme d'habitude, j'amorce ma journée en lisant mes courriels mais, ce matin-là, le facteur virtuel ne m'apporte pas des nouvelles très réjouissantes. Tout d'abord, cette ex-collègue de travail qui fut opérée cet été pour un cancer de la thyroïde m'annonce qu'elle a perdu, à 21 semaines de grossesse, l'enfant qu'elle portait. Elle accuse le coup mais je lis entre les lignes, cet enfant représentait un petit soleil d'espoir dans son univers grisâtre de médicaments et de radiothérapie à venir. Les mots me manquent pour lui exprimer ma compassion. Je verse une larme. Ensuite, mon amie dont la mère fut récemment diagnostiquée d'un cancer du poumon suite à un examen de routine pour un vilain rhume me donne les dernières nouvelles. Le cancer se métastase au niveau du rein (glande surrénale) et des ganglions, sa mère doit subir un PETSCAN le 22 décembre prochain pour clarifier et confirmer le diagnostic et, surtout, déterminer le traitement approprié. Dans son cas, pas d'opération possible, sa maman devra subir de la chimio à titre palliatif. Maudit mot poche ça: palliatif. J'ai la gorge serrée. Encore quelques larmes.

Comme d'habitude, je me rends à mon cours de spinning. Ouf! J'en sue un coup, se sentir vivante, ça fait du bien.

Vers 10h45, je me rends au CLSC pour le changement de pansement de mon PICC et mes prélèvements sanguins pré-chimio. Tout se déroule comme d'habitude.

Jusque là, hormis les mauvaises nouvelles, journée pré-chimio de routine.

Vers midi, je m'installe au restaurant avec l'Homme pour passer un petit moment avec lui avant de m'enfoncer dans les affres des effets secondaires. À peine assise, je commence à grelotter de la tête aux pieds. Mon premier réflexe est de mettre ça sur le compte de la température, j'ai tout simplement froid... Puis, je ressens des douleurs musculaires assez sévères du cou aux genoux. Voilà! je crains la grippe... oui, oui LA grippe, la H1N1. Mais, par-dessus tout, je crains que le médecin ne retarde ma chimio du lendemain. Quel mauvais timing. Je quitte le restau sans même avoir touché à mon repas et je peine à franchir les quelques 200 mètres qui me séparent de ma voiture. Je grelotte ainsi jusqu'à la maison où je prends ma température: 38,3. À surveiller. En bref, je me couche et passe ainsi trois grosses heures à grelotter, à faire de la fièvre puis, plus rien. J'émerge de cet épisode vers 15h30, la fièvre dimininue et je recommence à me sentir bien. Ouf! Quelle frousse.

Le 3 décembre

Le 3 décembre, mon accompagnatrice arrive à la maison alors que je sors à peine de la douche. Depuis quelques temps, je dors plus que jamais, je me lève vers 8h30-9h00 chaque matin. Merci à l'Homme qui s'occupe des princesses le matin. Donc, mon accompagnatrice est là, je déjeune et nous placotons tout bonnement, quand je lui demande quoi de neuf, elle hésite un peu puis, devant mon air interrogateur, elle crache le morceau. Elle a un cancer de la peau. L'Hos?*&@ de crabe envahit mon univers cette année moi qui me vantais de ne pas connaître cette fichue maladie à la con! Cochonnerie de cancer. Si je pouvais, je crierais toute ma rage contre cette bibitte qui se pense plus forte que nous. Bref, mon amie devra utiliser une crème pendant une quinzaine de jours et revoir son médecin pour décider si le cancer disparaît ou s'il faut continuer. Elle craint les effets secondaires, elle craint la souffrance. Oh là là que je peux la comprendre. Je pleure. Encore. Décidément...

Finalement arrivée à l'oncologie, saine et sauve, sans fièvre, souriante malgré tout, je me pèse et je constate que je maigris. Pas mal. Toutes ces histoires ça et là que le cancer du sein, et surtout son traitement (!), fait engraisser.. Lors de mon diagnostic, je me souviens avoir dit à l'Homme: "je serai chauve, verte, grosse et que feront-ils de mes seins?" Finalement, la prise de  poids ne représente pas un problème pour moi, au contraire, je disparais. Je perds plus d'une livre à chaque traitement. Pas de quoi s'énerver direz-vous, mais je fais déjà mon poids santé moi et je ne veux pas maigrir, je veux prendre des forces. Surtout qu'après ma fenêtre d'effets secondaires, je mange comme une ogresse. Une fois dans le bureau de Co-Onco, je lui parle de cette perte de poids qui ne l'énerve pas vraiment, 4 livres en 2 mois semble normal compte tenu que mon corps déploie une énergie hors du commun pour combattre le crabe.

Dans un autre ordre d'idées, je lui parle de mon épisode de tremblements et de fièvre de la veille. Selon elle, il s'agit d'une réaction à une bactérie qui s'est probablement immiscée dans mon système sanguin lors de la manipulation de mon PICC. On peut même voir cet épisode très positivement comme une preuve que mon système immunitaire fonctionne à merveille et à pleine capacité. D'ailleurs, mes indicateurs sanguins sont tous très bons et elle donne le "ok" pour la chimio. Ma capacité à remonter les effets secondaires et arriver à chacune des chimio avec de très bons indicateurs est une force peu commune, elle s'en réjouit. Moi aussi.

Un peu inquiète de ne pas constater de nette amélioration à ma tumeur au sein, je lui demande si des contrôles sont prévus. Non, c'est le chirurgien qui procédera aux contrôles avant d'opérer. J'aborde donc le sujet de ma chirurgie pour confirmer le moment où je dois prendre rendez-vous. A priori, elle me demande d'attendre la prochaine chimio de la semaine de Noël mais j'insiste:

- Quand vous me référez pour la chirurgie, me référez-vous un chirurgien en particulier ou le département de chirurgie?
- Habituellement le département, pourquoi?
- Parce que je me sens vraiment plus en confiance avec le Dr. P. et j'aurais vraiment aimé être suivie et opérée par lui.

Ni une, ni deux, la voilà au téléphone: j'ai rendez-vous avec le Dr. P. le 25 janvier 2010, à 9h40. Je souris et la remercie chaudement pour sa compréhension et sa rapidité à répondre à ma demande. Elle me précise alors que, selon elle, mon opération consistera en une mastectomie partielle ce à quoi je m'attendais. En bref, le chirurgien enlèvera le site de ma tumeur initiale et le(s) ganglion(s) initialement affecté(s) ce qui devrait correspondre à environ 1/5 ou 1/4 de mon sein. Bien franchement, je vis bien avec cette perspective, les cicatrices, ça prouve le vécu... :)

Quant à la masse à mon sein qui semble toujours bien là, Co-Onco m'encourage et me confirme que Taxotere devrait lui infliger le coup de grâce. Soit.

Je m'installe enfin  pour ma chimio. Cette fois-ci, pour éviter les problèmes aux ongles, on m'enveloppe les mains et les pieds dans des mitaines et des pantoufles de glace. Froid vous dites? Les premières quinze minutes sont presqu'insupportables puis, les quinze autres minutes se tolèrent... et la voilà qui m'amènent des rechanges! Quinze minutes insupportables, quinze minutes tolérables. Ouf! Après une heure, la perfusion est terminée, nous quittons l'hosto vers 12h30 pour aller luncher, je me sens tellement bien.

Et après...

Ma sensation de bien-être se poursuit jusqu'à samedi soir. Bien tranquilles à la maison, l'Homme et moi regardons une série en DVD, Heroes pour ne pas la nommer. Toute la soirée, je sens comme un orage électrique dans mon sein, précisément dans la tumeur. Ça fait mal mais je me réjouis à l'idée que la guerre fait rage au bon endroit. Vers 23h00, je monte me coucher. Ouch! Des douleurs musculaires me malaxent le milieu du dos et ça continuera ainsi jusqu'au lendemain après-midi. Je me tiens au Tylenol et les douleurs se tolèrent mais je me sens tellement faible. La fatigue et la nausée s'installent.

Les douleurs quittent mon corps le dimanche après-midi mais la fatigue et la nausée continuent.

Lundi, je me sens enceinte, nauséeuse, rien ne sort, rien n'entre, tout goûte rien. Pour décrire le goût, ou plutôt l'absence de goût, je dis que tout goûte le papier. Même l'eau a un goût sec et me laisse la bouche pâteuse. Je mange à peine, je dors, je faiblis.

Et ça continue ainsi jusqu'à mercredi matin. Pendant ces journées où seul dormir me réconforte, je touche le fonds du baril de ma motivation. Avec toute la force qu'il me reste, je tente de me convaincre que dès jeudi, ça fera une semaine et tout ça reprendra sa place dans mes souvenirs. Je pleure mon désespoir: "je suis tannée, maudit que je suis tannée". Ma mère appelle tous les jours, je ne parle plus car la nausée et la fatigue m'ont rendue si faible que je n'arrive même plus à faire l'effort pour paraître enjouée. Je fustige contre cette saloperie de cancer, je peste contre la chimio.

Dans la journée du mardi, en dormant, je m'accroche dans mon sein gauche. Aïe! La sensation s'apparente à une ecchymose interne. Je tâte le site de la tumeur et constate qu'elle semble enfin beaucoup plus petite. Je souris. Je subis une bonne râclée... mais le cancer aussi!

Mercredi soir, l'appétit revient, je mange léger mais au moins, je me sens mieux. Le jeudi, je passe une journée tranquille mais, je mange presque normalement. Les forces reviennent, le sourire aussi.

Vendredi matin, je me réveille pimpante, je sors pour déjeuner pour me changer les idées. Je vais vraiment mieux. Enfin sortie du marasme. Maintenant, je le sais, sous Taxotere, je dois subir quatre journées de grande fatigue.

Pour le prochain traitement, je serai donc couchée les 24, 25, 26 et 27 décembre. Oublions Noël 2009 et concentrons-nous sur le réveillon du Jour de l'An et sur les fêtes 2010, 2011, 2012, 2020, 2025, 2072, alors que j'aurai cent ans!

5 commentaires:

Anonyme a dit...

Allo,
Continue ma belle, c'est toi la plus forte et tu vas lui montrer ! En ce qui concerne tes amies qui souffrent aussi, rassemblez vos forces et vous vaincrez ! Toutes ensembles, vous vaincrez !

Bisous
Diane

Anonyme a dit...

Bon courage pour la suite !

La Tortue têtue a dit...

@Diane: mercis pour les encouragements en continu. xxx

@Rouge: mercis et bienvenue!

Francine-la-pas-fine a dit...

Je voulais tout simplement vous faire un clin d'oeil ;>)

Et vous redire que je suis de tout coeur avec vous (même si nous ne nous connaissons pas).

La Tortue têtue a dit...

@Francine : je vous trouve ben fine moi. Mercis. ;)