mardi 1 décembre 2009

Les mathématiques du crabe

Vive le web.

Au gré de mes visites sur les sites internet, je deviens de plus en plus savante. Je choisis mes sites de prédilection: breastcancer.org, la société canadienne du cancer, la clinique Mayo, Livestrong, etc, des sites fiables. Le flot de renseignement disponible sur ces sites représente pour moi un phare dans mes moments de brouillard. Oui, je pose mes questions aux médecins. Mais, trop souvent, je me retrouve gros-jean-comme-devant dès ma sortie de l'hôpital. Cette phrase du médecin me revient, le noir s'installe, les questions surgissent. Ce mot prononcé résonne à mes oreilles, je n'y comprends plus rien. Ces médecins, leur condition de "en pleine santé" tend à leur fait oublier le besoin viscéral de comprendre, même pour une ignorante en médecine, comme moi, surtout pour une personne atteinte d'une maladie grave, comme moi. Eux. Moi. La santé nous sépare, la connaissance nous sépare. Des fois, tout un monde nous sépare, je vis dans le monde des combattants et eux, dans celui des vivants. Face à ces questionnements, je me tourne vers mon phare: le web.

Mes visites me permettent aussi de dénicher des forums de discussion ou plus judicieusement, des groupes de femmes, fortes, authentiques, qui se battent pour survivre. Là, sur le web, des petites communautés d'entraide, des femmes qui ne se connaissent pas mais qui souvent représentent pour l'autre une épaule pour pleurer, une source d'information et de partage, une soupape pour permettre l'éclatement des peurs, des frustrations, de ces sentiments d'angoisses propres au quotidien des combattants du crabe. Survivre, c'est bien de cela dont il s'agit, la chimio, ses effets secondaires, pour survivre, la chirurgie, ses dommages collatéraux, pour survivre, la radio, ses effets secondaires, tout ça pour survivre au crabe.

Enfin, en surfant sur le web, j'ai trouvé un site destiné aux oncologues et à leurs patients mais ô combien difficile à consulter, même d'en concevoir la pertinence, pour les non-malades. Hum,hum. Je m'éclaircis la plume pour vous faire part de l'objet de ce site. En fait, ce site permet d'estimer les chances de survie à certains types de cancer dont le cancer du sein. Bien que très dure pour les vivants, la notion de survie fait partie du vocabulaire des combattants. J'en conviens, le sujet est raide. Prenez le temps d'avaler votre gorgée de café, d'écraser cette larme, d'assimiler ma réalité. Voilà. C'est mieux? Bon. Je garde  l'adresse de ce site en grand secret, je m'accorde le privilège de la patiente mais je partage la grande nouvelle avec vous. Grâce à ce site où j'entre mes stats: diamètre estimé de la tumeur, nombre de ganglions atteints (estimé), paramètres divers (triple négatif) et protocole de chimiothérapie suivi, les stats m'accordent un chance de survie de 80% après 15 ans.

80%
Quatre ving pour cent
0,80
80/100
4/5


Peu m'importe comment je l'écris, l'écho résonne positivement en mon for intérieur. Tout est relatif, quelles sont les chances d'avoir un accident de la route? Who cares.

Bring on the Taxotere.

Demain matin, je vais spinner, je pédalerai tout mon soul, je vais vivre ma vie avec mes tripes. Comme toujours. Il le faut. Aimer, vivre, intensément. Point.

1 commentaire:

Anonyme a dit...

95% des chances d'être stérile et 2 grenouilles me disent que j'ai pogné le 5 %