Justement: ma course à moi...
Mes 5 premiers kilomètres, tout baigne, je vois pratiquement mon temps espéré de 2h15 clignoter en lumières multicolores devant mes yeux. Puis, voilà la montée Berri. Ouf! Mon pas ralentit, les 3 kilomètres suivants se rythment à un début de souffrance tolérable. Reprenant du mieux sur le boulevard St-Joseph dans mon 8e, je commence à les apercevoir: des "tombés". Partout. Ils tombent, accablés par la chaleur et l'humidité. Ils tombent, épuisés d'avoir poussé (peut-être) plus que leur entraînement ne le leur permettait. Cette petite voix qui commence à me parler: "ton entraînement n'était pas adéquat; pas suffisant, pas assez intense"... Vers le 10e, 11e, il y a un genre de "blackout"; pas tombée physiquement mais perdue quelque part dans mes pensées, dans mon "mental". De cette portion de la course, je garde un (très) vague souvenir... Donc, je marche pendant environ 30 secondes, (ou est-ce plutôt 1 minute?), j'en profite pour me ravitailler: un sachet de gel et de l'eau. Mon rythme est cassé, ma concentration est cassée. Je suis cassée. Brisée. Ça fait tellement mal. Partout. Jusque dans les tripes. F*** le temps! je ne ferai même pas 2h30 à ce rythme de souffrance là.
J'adopte un rythme d'entraînement. Je trotte. Les bénévoles brandissent des drapeaux rouges "Ne pas tenter de records personnels", les conditions météo ne le permettent pas. T'inquiète, je ne me vois même pas arriver au fil d'arrivée. Vers le 13e ou 14e sur De Lorimier, je retiens mes larmes. Dans mon esprit c'est clair, si je vois mon homme, je pleure comme un enfant et je m'en vais! Le 15e.... Je ne sais plus comment compter; en kilomètre? en bloc de 3 kilomètres? en pas?! Soit je suis dans le dernier 1/3 de la course, soit j'en ai complété le 5/7, combien de pas au kilomètre, il me reste combien de pas? Je ne sais plus sur qui compter. Sur moi, sur moi, sur moi. Ma promenade au pas de "trotte" me permet de me ressaisir. Vers le 16e, sur Rachel, je suis toute là; à 5km de l'arrivée, mon mental reprend ses droits. Ma folie pure des 5 derniers kilomètres cède la place à mon "oumf". Go, go, go! Puis, je tourne à gauche et je la vois: la montée sur Pie-IX, à perte de vue on dirait, je ne vois pas le fil des coureurs tourner à droite sur Rosemont. Paf! le coup de poing dans le front. Là, je n'ai pas ralenti, j'ai marché. Déçue, résignée à laisser partir mon temps révisé de 2h30. Tant pis.Arrivée sur rosemont, en haut de la montée, une dame crie "c'est fini les côtes, ça descend jusqu'à l'arrivée"!!!! Je l'embrasserais. Une, deux, une, deux, je repars sans réfléchir, je ne sens plus vraiment mes jambes. Il me reste alors 3 kilomètres. Je vois au loin un feu de circulation... est-ce Viau? ne pas y penser... si ce n'est pas Viau, je vais capoter. Une, deux, une, deux, c'est Viau!!!! je tourne à droite, il ne me reste plus qu'à descendre sur Sherbrooke et c'est pratiquement fini. Une dame crie "il en reste juste deux"... dans ma tête, je lui réponds "juste deux? juste deux? heille chose, je viens d'en courir 19 en puisant dans toutes mes réserves physiques et mentales, tu le veux où mon poing????". Je me suis alors imaginé les marathoniens qui en étaient eux à 40... oh là là! C'est bien parce qu'on est épuisé sinon, je suis sûre qu'il y aurait de la bataille!!!
En passant, la meilleure pancarte d'encouragement de la journée: "Run like you stole something"... j'ai bien rigolé (oui, oui, je vous jure).
La voilà: la borne du 20e. Il en reste 1... non plutôt 1,1... J'aperçois le "tombé" du dernier kilomètre... Je cours, je cours, je tourne à droite sur Sherbrooke. Elle est où l'entrée pour le parc Maisonneuve??? Voilà la borne du 26 miles... ce n'est pas 26 miles un marathon? pourtant, j'en étais si sûre... mais non, un marathon c'est 26 miles et 385 verges. Je cours, je cours. Voilà la borne du 42e kilomètre du marathon... il reste 195 mètres... voilà la borne du 21e kilomètre du demi, il reste 100 mètres. Je vois l'arche... Je mets le pied sur le tapis. Je m'effondrerais.... j'arrête ma Garmin: 2h30!!!!!! comment j'ai fait ça, je ne sais pas...
Comme un zombie, je marche, un homme dépose une médaille dans ma main, une dame me remet un sac avec des rafraîchissements. Je veux m'effondrer. Je ne peux pas, je cherche mon homme. Ne pas pleurer.
Quelques heures plus tard, j'apprends qu'un coureur est décédé. 32 ans, à quelques mètres de l'arrivée... Et si c'était lui? Mais non, plus tard je comprends que le gars était un "vrai" athlète, il serait rentré en 1h30.
24 heures plus tard, je me rends à l'évidence: mon propre entraînement était insuffisant et non adapté. Loin de vouloir abandonner, je me fixe de nouveaux objectifs. Je continue : mieux et plus assidûment. Malgré tout, j'ai adoré l'expérience. Les coureurs sont un peu fous... je commence à le croire..!

2 commentaires:
Je suis béate d'admiration... VRAIMENT ! Je n'aurais jamais ce courage... ou cette folie ! ;)
C'est une drogue , je crois
On sait jamais quand on y laissera sa peau
Publier un commentaire