jeudi 27 mai 2010

La cardiothérapie...

Cardio comme dans "coeur"... Cette cochonnerie de maladie me restaure le coeur. À la bonne place. Ce coeur-là que j'oubliais presque de consulter pour mes grandes décisions. Ce coeur-là que je prenais pour acquis et qui se défilait trop souvent. Ce coeur qui semblait vouloir s'endurcir.

Mon petit coeur bien en santé reprend enfin toute sa place au centre de ma vie. J'aime sans détour. Au beau milieu d'une conversation, je peux manifester à une amie toute l'admiration, toute l'empathie que je ressens pour elle. Aussi spontanément, je me surprends à regarder intensément ma Grande jusqu'à ce qu'elle pose son regard de princesse sur moi et que je ne puisse que répliquer Je t'aime... doucement mais sûrement. Je vis mes émotions plus intensément et j'apprécie cette victoire sur ma vie d'avant qui me consumait les sentiments.

samedi 22 mai 2010

La radiothérapie

Me voici donc de retour, enfin. En pleine forme. À deux semaines de la fin de mes traitements.

En résumé..

Le mardi 30 mars: Depuis mon rendez-vous du 23 mars avec Onco, je reste sans nouvelle du CHUM où je recevrai mes traitements de radiothérapie. L'impuissance de l'attente me rend impatiente: vivement une date de début et, surtout, une date de fin pour les traitements de radiothérapie, je veux recommencer à travailler, je veux réintégrer ma vie d'avant, je veux ne plus aller à l'hosto, je veux tourner la page. La patiente sans nouvelles et stressée se tourne vers les ressources à sa disposition... que fait-elle? Bravo, oui, elle communique avec l'IP. Ne tenant plus en place, je décide d'aller trotter et vers la mi-journée, je vérifie mes messages téléphoniques: 1) l'IP me rassure, les requêtes bel et bien acheminées au CHUM, la centrale de rendez-vous devrait communiquer avec moi très bientôt et 2) le CHUM!!! mon premier rendez-vous consistant à une rencontre avec la radio-oncologue aura lieu le mercredi 7 avril.

Enfin.

Le mercredi 7 avril: Je me rends à ce premier rendez-vous accompagnée d'un fidèle ami, le Parrain de ma Grande. On prend le temps d'aller luncher au restau, de marcher et de reconnaître les environs du pavillon de radio-onco. Docteur TPMP ("Toute petite mais parfaite") me reçoit avec dix minutes de retard. Que dis-je?dans le monde de la médecine et plus précisément dans celui de l'oncologie, un tout petit dix minutes ne correspond pas à un "retard". Elle me reçoit donc à l'heure déterminée. J'adore quand le médecin connaît déjà mon dossier. La voilà donc qui résume ma situation en quelques minutes: je suis jeune (merci), la chimio fut un succès (hourra!), la chirurgie bien guérie, docteur TPMP ne voit pas de raison d'attendre et les traitements pourraient commencer dans les deux, trois prochaines semaines. Bonne nouvelle.

En raison de la présentation initiale de ma tumeur au sein et de l'atteinte ganglionnaire précédemment à la chimio, elle propose vingt-cinq traitements au sein, à l'aisselle et à la clavicule (où se trouvent d'autres ganglions), plus cinq électrons à la cicatrice du sein. En clair, comme elle constate mon niveau d'énergie, mon jeune âge, l'absence de tout symptôme, elle propose la "totale". Soit. Le constat m'inquiète un peu puisque je sens que la maladie, initialement, prenait du terrain. Mais, je dois rester du côté des non-malades et continuer de me réjouir des bonnes nouvelles qui pleuvent sur moi dernièrement.

Je rencontre ensuite l'IPRO (l'Infirmière pivot de radio-oncologie) qui m'explique que je dois maintenant attendre leur appel pour le prochain rendez-vous qui consistera en un scan pré-marquage, elle ne peut me donner de date, même pas une idée. (?)

Le mardi 13 avril: Le CHUM appelle pour me donner mon rendez-vous jeudi maitn pour le scan pré-marquage.

Le jeudi 15 avril: Dès mon entrée dans la salle du scan, les techniciennes me disent de me laisser faire, de ne pas bouger, elles me déplaceront pour m'installer correctement. Couchée sur le dos sur une table trop étroite, dans une salle trop froide, les seins trop à nu, je laisse les techniciennes travailler et mon esprit vagabonde. Que de chemin parcouru depuis ma visite en clinique de radiologie le deux septembre 2009, que de médecins, d'infirmières, de techniciens, de traitements, de rencontres, d'apprentissages douloureux. Que de découvertes, d'introspection, d'amitiés grandies, aussi.

En quoi consiste la procédure aujourd'hui? Tout d'abord, elles moulent un coussin de silicone dans lequel je repose ma tête, tournée sur le côté droit et y insère mes bras de chaque côté de ma tête. Ensuite, elles collent des trucs blancs sur huit points de mon corps et elles procèdent au scan. Enfin, mais non la moindre procédure, elles me tatouent huit petits points aux mêmes endroits où étaient collés les trucs blancs initialement. De VRAIS tatouages, à l'aiguille. Ouch. Ouch. Ouch. Ouch. Ouch. Ouch. Ouch. Ouch. Fini.

"Pour le prochain rendez-vous, on vous appelle". Un peu surprise mais surtout déçue car je pensais qu'ils me marqueraient et que mes traitements débuteraient la semaine prochaine, je quitte la salle. Je croise l'IPRO et lui parle de mon inquiétude car la radiothérapie débutera après les huit semaines recommandées entre la chirurgie et la radiothérapie. Elle ne me rassure pas vraiment et je sens que je la bouscule... je m'ennuie de mon IP, celle qui savait me trouver la bonne ressource pour pallier à mon besoin de savoir, pour calmer mes inquiétudes...

Le soir, je montre les tout petits tatouages à ma Grande en lui disant qu'on m'a dessiné de toutes petites étoiles, une pour elle, une pour sa petite soeur, une pour son papa, etc. Elle me dit que quand je ne suis pas là, elle pense à moi très fort dans son petit coeur et ça lui fait du bien. Quelle maturité elle affiche ma Grande de quatre ans. Je l'aime.

Le mercredi 21 avril: Le CHUM m'appelle, on procèdera au marquage vendredi après-midi.

Le vendredi 23 avril: Étendue sur cette table trop étroite, dans cette salle trop froide, les seins trop à nu, la tête et les bras dans mon moule, la dernière étape de mon triathlon pour vaincre le cancer s'amorce. Les techniciennes très sympathiques me marquent, pas au fer rouge mais bien à la peinture... toute aussi rouge. Au bout d'une trentaine de minutes, je quitte la salle J et me rend à la salle de déshabillage troquer ma belle jaquette bleue pour mes vêtements. Là, dans le miroir, j'aperçois mes marques qui montent assez haut dans le décolleté... Assez haut pour que la marque soit visible une fois rhabillée. Je décide alors de ne pas cacher ces marques, le beau temps s'amène et je ne porterai pas des cols roulés en mai. No way.

Je décide que la partie visible représente un mot chinois signifiant "espoir".

Du 26 avril au 21 mai: Tous les jours de la semaine, je me présente à la salle J, G ou H vêtue d'une jaquette bleue que je retire en m'étendant sur cette table trop étroite, dans cette salle trop froide, etc. Sauf qu'après quatre semaines de cette routine, me déshabiller devant tout le monde ne m'intimide même plus. Le traitement dure environ une quinzaine de minutes dont une dizaine pour bien m'installer en alignant les tatouages et les marquages. La machine semble tout droit sortie du film Odyssey 2001 et elle se déplace autour de moi pour me lancer ses rayons radioactifs... biiip pendant quinze secondes, déplacement, biiiiiip un autre trente-six secondes de rayons, déplacement, biiiiiiiiiip un autre quarante-cinq secondes, dernier déplacement, biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiip pour un dernier assaut de quarante secondes. Pour me détendre, je compte les secondes des assauts parce que lors des deux, trois premiers traitements, le biiip me stressait, m'agressait les oreilles, déclenchait un petit élan de panique en moi. Mon réflexe fut donc de compter les secondes pour me relaxer.

Maintenant, je les compte les secondes pour rester concentrée et calme. Allez, attaquons-les ces potentielles cellules rebelles qui pourraient vouloir squatter mon sein, mon aisselle, ma sous-clavicule. Bye, bye, petites cochonneries... out! Les lundis, une amie m'accompagne et les autres jours, mon papa se tape le voyage avec moi. Une heure aller, une heure retour, des conversations inattendues. Vive le huis-clos d'une voiture pour souder des amitiés.

Pour l'instant, je ne ressens AUCUN effet secondaire outre une légère rougeur sur la peau de mon sein. Je me réjouis et attends impatiemment la fin des traitements prévue pour le 7 juin. Dés le 31 mai, mes vingt-cinq traitements seront terminés... il ne restera que les cinq électrons à la cicatrice du sein. Ça avance... ça achève. Plus qu'une semaine de traitements, enfin. Plus qu'une semaine d'électrons, enfin.

jeudi 29 avril 2010

De retour...

Promis! Je relaterai très bientôt les joies reliées au début de la radiothérapie.

L'important pour l'instant: je vais bien. Très bien.

I will be back... soon.

mercredi 7 avril 2010

Fin des vacances

Je rencontre la radio-oncologue cet pm: dur retour à la réalité des jaquettes d'hôpital....

Nécessaire pour réouvrir toutes grandes les portes de ma vie, celle où j'ai une routine.

Les mathématiques du crabe 202

En décembre dernier, à la veille de mon quatrième traitement de chimiothérapie, je terminais Mathématiques du crabe 101. À mon examen final, il me fallait déterminer mes chances de survie. En élève modèle mais brillante et assez moderne (j'ai l'air de me vanter mais si on ne reconnaît pas soi-même ses forces, qui le fera?), j'eus recours à un site web très trop facile d'utilisation et obtint le chiffre de 80%. À ce moment-là, je me réjouissais de ce taux et me pensais très perspicace. Jeunesse insouciante...

Depuis, je potasse sur Mathématiques du crabe 202, beaucoup plus difficile car plus introspectif. Cette fois-ci, le syllabus me force à me questionner sur la pertinence des chiffres en matière de survie au crabe. La comptable en moi s'éclipse en douceur et me laisse philosopher, réfléchir, replacer toute cette aventure dans un angle plus juste. En quatre mois seulement, encore une fois, mon cursus chamboule ma compréhension de ce qui me paraissait si évident. De jeune insouciante, je chemine encore une fois vers la sagesse. Mes cheveux blancs témoignent de cette chimiothérapie mais aussi d'une sagesse nouvellement acquise. Pas par hasard mais bien à force de réfléchir en adulte, à force de penser en aïeule, à force d'avancer dans la vie avec la certitude bien ancrée de comprendre.

En matière de survie, la note ne tient pas en chiffres mais en un mot précis, chargé de ce que l'on voudrait tant oublier. À l'instar de mes notes à l'École du Barreau du Québec, le résultat suite aux traitements contre le crabe ne tient pas à un pourcentage mais à un mot entre les deux suivants: succès ou échec.