lundi 9 novembre 2009

Le gant

Autant j'apprécie le PICC line pour sa fonction d'éviter les piqûres dans mes délicates veines fuyantes, autant je déteste le gant pour sa fâcheuse propriété de me rappeler quotidiennement ce maudit cancer-là. Entre les traitements, je réussis à vivre normalement. Enfin presque. Je parviendrais peut-être même à oublier si le gant ne veillait pas; oublier ce cancer-là, oublier ces traitements-là, oublier ces effets secondaires-là, oublier cette chirurgie-là dont on commencera à me parler très bientôt. Mais non! il veille au grain. Le gant assujettit mon corps et mon esprit et s'assure que je n'oublie pas et demeure continuellement sur le pied de guerre. Pas question d'oublier la réalité: je suis une patiente atteinte de ce cancer-là qui porte le gant pour se doucher.

Je vous rappelle que le PICC line, apparent sur mon bras droit au-dessus du coude, est recouvert d'un pansement qui ressemble à du ruban adhésif. Ce pansement mesure environ quinze par six centimètres et a pour double objectif de protéger le point d'insertion du cathéter et de maintenir sa portion non insérée bien en place sur mon bras. Puisque le cathéter aboutit tout près de mon coeur, la zone d'insertion doit évidemment demeurer stérile en tout temps et, pour ce faire, le pansement doit demeurer sec. Au moment de la douche, la patiente responsable recouvre donc son bras d'un gant en plastique pour éviter le contact de l'eau avec le pansement, le cathéter et, surtout, son point d'insertion.


Quotidiennement donc, j'enfile le gant sur mon bras. Pour mieux illustrer le désagrément occasionné par l'opération, je précise que le gant recouvre entièrement mon bras de mes doigts jusqu'à l'épaule et que je le fixe avec un élastique au haut de mon bras. Une fois le gant enfilé, très sexy, je me prends alors pour la femme bionique qui doit protéger son super bras. Si seulement l'inconfort se limitait à l'élastique et au look douteux. Non, il y a la goutte. La fichue de goutte qui se loge inéluctablement dans le gant et roule lentement mais sûrement sur mon bras en cette seconde précise où je tente férocement d'oublier mon bras bionique pour m'accorder un moment sous l'eau chaude. La fichue de goutte, froide bien entendu, qui m'empêche immanquabement de profiter du moment. Inconfortable, la goutte me fait également craindre de ruiner mon pansement. Fini le moment relax, je sors de la douche et retire doucement le gant en tentant chaque fois de ne pas y emprisonner de goutte. En vain, la douche du lendemain me le confirmera. Pourquoi ne pas le lancer à bout de bras le gant? Tiens, ça me donne une idée pour demain.

Hier après-midi, je reluquais le spa au bout du patio justement aménagé pour faciliter l'accès à cet objet de relaxation. Pendant un court instant, juste le temps d'un éclair de non-lucidité, j'ai eu la folle pensée que la température clémente se prêtait à un après-midi de massage dans l'eau chaude. Mais la perspective d'enfiler le gant une deuxième fois dans la journée suffit à me rappeler à l'ordre. Guérir et, après seulement, reprendre le goût de l'eau.

2 commentaires:

Anonyme a dit...

comme çà en fait des contraintes dans ta vie ma grande,
peut pas prendre une douche et relaxer , peut pas aller dans le spa et relaxer , peut pas, peut pas,peut pas,
toi qui veut toujours faire le plus de choses possible,
que de frustrations dans ta vie; 3ieme traitement jeudi ,il en reste moins. je t' aime , mamanxxx

DimDim a dit...

Bonne chance Isa pour jeudi, je suis en pensée avec toi. On se revoit la semaine prochaine si tout va bien pour tout notre clan des girlies!!! N'oublie pas, la révolution des chickens!!!
DimDim
XX