Le 2 septembre 2009, lors de mon agréable rencontre avec le sympathique radiologiste, il insistait pour me soumettre illico à une échographie. À l’entendre, cette échographie urgente ne pouvait attendre pas même quelques secondes. C’est ainsi que sans connaître mes options comme subir l’échographie à l’hôpital, sans frais, je me soumis à l’examen, la peur dans l’âme. Il est vrai que la densité de mon sein de jeune fille ne lui permettait pas de poser son diagnostic en utilisant pour seul outil les clichés de la mammographie. Il est vrai que même devant les options, j’aurais quand même choisi de payer pour l’échographie urgente. Tout est dans le ton.
Me voilà donc dans cette salle d’échographie; la gorge nouée par la peur, le corps refroidi par cette table métallique trop étroite, le cœur paralysé par cet exercice de sang-froid. Je restai muette pendant toute l'échographie. Après ce qui me parut des heures de silence, le radiologiste posa son diagnostic sans appel: "C'est une tumeur qui a envahi le ganglion axillaire". Le silence se mit à me bourdonner dans les oreilles… je me ressaisis. Il continuait de parler… Il communiquera tout de suite avec mon médecin de famille et je dois attendre avant de quitter puisque je dois rencontrer un chirurgien dans les plus brefs délais. Un chirurgien? Rapidement? Je meurs?
Les larmes emprisonnées dans mon cœur, je me présente donc dans la salle d'attente pour vivre un premier moment totalement surréaliste avec cette cochonnerie de cancer confirmée en moi. La R.A.M.Q. ne couvrant pas les frais reliés à ladite échographie, la désagréable expérience de ce matin ensoleillé me coûte donc quarante-cinq dollars. Je suis endettée de quarante-cinq dollars envers le système de santé pour une échographie en bonne et due forme de mon sein gauche. Et la charmante réceptionniste se fait un devoir de me le rappeler immédiatement. À ce stade-ci de l'aventure, ma dette de quarante-cinq dollars envers un État qui me pompe l'air douze mois sur douze, je n'en ai que rien à cirer. Surtout que mon amie la réceptionniste n'accepte pas le plastique et que je n'ai pas de liquidités dans mon sac. Il m'enverra une facture l'État! Abasourdie, je pense sérieusement me sauver...
Le radiologiste se pointe alors pour me demander d'attendre les clichés de mammographie et d'échographie ainsi que son rapport avant de quitter la clinique. Voulant lui répondre, j'ouvre la bouche: "D'accord, j..." Mais la voilà qui m'interrompt... la réceptionniste se sentant investie d'une mission : "Elle" peut donc aller au guichet automatique en attendant les documents?!"
Non mais, ça ne va pas la tête? Je viens d'apprendre que j'ai un cancer du sein, j'attends des clichés pour aller rencontrer mon médecin de famille dans le but ultime de rencontrer un chirurgien et vous, charmante réceptionniste, n'avez en tête que ce paiement de quarante-cinq dollars? Il faut ici comprendre, chère dame, qu'une heure plus tôt, je me préparais à obtenir un diagnostic d'un gugusse bénin, à retourner à la maison profiter de mes derniers jours de congé de maternité, à préparer la grande fête de mes filles jumelée à la pendaison de crémaillère qui devait avoir lieu cette fin de semaine puis, à commencer une nouvelle vie professionnelle chez mon nouvel employeur. Tout a basculé pour moi pauvre tache!
"Elle" se lève donc, un peu zombie, pour se rendre au guichet automatique pour acquitter sa dette de quarante-cinq dollars, complètement absente, pas encore complètement heurtée par le choc. "Elle" revient, paie la charmante réceptionniste, repart avec ses clichés et tente de rassembler ce qui lui reste de courage pour se rendre à la maison sans incident.Dans un centre de radiologie où les mammographies sont pratiquées tous les jours et, malheureusement, les diagnostics de cancer du sein sont monnaie courante, aurais-je pu espérer plus de chaleur humaine, plus de compassion, plus que ce traitement cavalier? Assurément! Surtout que je paie pour ce système de santé, moi et des millions d'autres.
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