jeudi 15 octobre 2009

La peur

David Servan-Schreiber dans Anticancer, prétend que le patient atteint de cancer doit désamorcer LA peur, celle de mourir évidemment, afin de mieux canaliser ses énergies sur sa guérison. La peur de mourir se manifeste de plusieurs façons: peur de ne pas avoir accompli ses rêves, peur de laisser des histoires inachevées, etc. Voilà donc ce billet pour nommer et désamorcer ma propre peur. Coeurs sensibles s'abstenir; le billet est très égoïste ;)
"L'esprit réaliste: le plus important, c'est de toujours espérer le meilleur mais d'être préparé pour le pire" (p.316)
" Aujourd'hui, le mot "cancer" n'est plus synonyme de mort. Mais il évoque son ombre... cette ombre est l'occasion de réfléchir à sa vie... C'est l'occasion de commencer à vivre de telle façon que le jour où nous mourrons, nous puissions regarder en arrière avec dignité, avec un sentiment de paix. J'ai retrouvé cette attitude réaliste chez presque toutes les personnes qui ont survécu à leur cancer bien au-delà des statistiques qu'on leur avait données." (p. 321)

Quelques années auparavant, je visitais un ami au salon funéraire; il venait de perdre son père aux mains d'un fulgurant cancer. En quelques années, c'était la quatrième fois qu'un ami vivait ce douloureux deuil et je me souviens avoir alors pensé, avec une immense tristesse, que c'était maintenant notre tour. Notre tour, à mes amis, mon amoureux, ma génération, de perdre nos parents. Cette perspective m'apparaissait alors comme le pire scénario: perdre mes parents, mes piliers, ma famille.

Maintenant, malheureusement, je sais qu'il y a pire scénario: que mes filles perdent leur mère.

Pour ma part, la mort ne m'effraie pas moi. Ma vie, je la vis déjà pleinement et je n'entretiens pas de regret particulier. Bien sûr, je rêve de l'Italie, de l'Espagne, de la Méditerranée, il y a aussi ce marathon pour lequel je ne me décide pas mais il y a surtout, surtout ce quotidien que l'Homme, nos enfants et moi-même réussissons jour après jour. Ce quotidien de sourires, d'amour, de câlins, de tendresse. Ce quotidien où "l'on s'aime même quand on se chicane", phrase que ma Grande prononce à son tour à force de m'avoir entendue la répéter dans les moments moins jojo (mais nécessaires pour une famille saine qui veut voir grandir des enfants équilibrés). J'aime aussi le fait d'avoir toujours su respecter mes valeurs même si cela équivalait parfois à prendre un chemin plus abrupt. Grimper ces côtes m'a tant appris sur moi-même que je me sens sage. 37 ans, 1 mois, 19 jours et sage.

Ma peur à moi, c'est plutôt la perspective que mes filles grandissent sans leur maman. Cette idée m'effraie. Beaucoup. Qui d'autre qu'une maman pour "aimer même quand on se chicane". Pour permettre à ses merveilleuses petites filles de s'épanouir à leur pleine grandeur? Un papa, je sais très bien mais, j'aime croire qu'elles ont besoin de leur maman mes petits anges. Que ce soit moi ou pas, il faut dire à ma Grande, souvent, qu'elle peut tout accomplir, qu'il lui suffit de croire en elle. Nous devrons également penser à dire à ma Petite que ce petit sourire et ces yeux espiègles lui ouvriront bien des portes, qu'elle devra foncer tout en respectant ses valeurs.

Mais elles sont si jeunes. Trop jeunes. À leur âge, je deviendrais trop vite un vague souvenir n'ayant pas même eu le temps de leur transmettre mes valeurs, ma force de vivre, ma capacité au bonheur. Pour bien saisir toute l'ampleur de ma détresse, il faut comprendre ma conception de la vie éternelle. Depuis quelques années, en fait depuis 2003 et mon visionnement du film Les invasions barbares de Denys Arcand, ma vision toute catholique de la vie éternelle de notre âme dans un paradis lumineux a bifurqué en une théorie sur la transmission de nos valeurs fondamentales à nos enfants. Pourquoi en visionnant ce film? Pas clair pour moi mais très certainement, il fut un déclencheur de ma compréhension de l'importance de transmettre notre essence à nos enfants. Selon ma théorie, dans une vie, les âmes que nous touchons le plus sont celles de nos enfants.  Pour nos enfants, à un certain moment de leur existence, nous représentons l'absolu, tout ce qui compte. Chacun de nos gestes, chacune de nos paroles se répercutent donc sur eux et influencent leur perspective et leur attitude devant les événements postés sur leur route. Bien présomptueusement, je suis persuadée que je pourrais contribuer au bonheur de mes princesses en leur apprenant tout doucement mes valeurs essentielles. Je suis donc paniquée à l'idée qu'elles m'oublient. Pas elles.

Je marchande donc avec mon corps et avec la gang d'en haut pour que ce niaisage de cancer ne soit qu'une étape plate et que je puisse vivre ma vie avec ma gang du "123 F." assez longtemps pour transmettre à mes amours le goût de vivre pleinement. Pour que mes filles comprennent toute l'importance de croire en elles, de croire au bonheur et d'aimer tout simplement.

4 commentaires:

Anonyme a dit...

Tu es vraiment mon idole, ton sens de la famille et de la vie me touche au plus haut point car c'est vraiment ma vision de la vie. Si plus de gens pensaient comme toi, nous pourrions tout vaincre. Et crois-moi c'est ce qui va arriver dans ton cas!!! Lâches-pas. ADM

Marie a dit...

Je tombe sur ton blog pour la première fois, wooow, quelle écriture ! quelle émotion ! J'en suis toute remuée.
Bonne chance dans ton combat.
Marie

Anonyme a dit...

tu as vraiment du talent pour l' écriture , tu fais sortir beaucoup d' émotions dans tes textes

tu viens nous chercher dans le plus profond de nos coeurs


je t' aime xx maman

La Tortue têtue a dit...

@ADM: quel beau commentaire. mon sens de la famille me vient de mes parents. bienvenue!

@Marie: merci pour les pensées.

@Mom: ouaip! des fois, faut que ça sorte! xxx