dimanche 25 octobre 2009

Le Neupogen

Neupogen. Le mot lancé jeudi dernier par Co-Onco en raison du niveau trop bas de mes globules blancs me résonne encore dans le bas ventre trois jours plus tard. Le niveau des globules blancs varie normalement entre 2,1 et 6,7 et mon taux de mercredi dernier, veille de mon deuxième cycle de chimio, se situait à 1,8. Précisons que sous 1,5, la chimio ne pourrait m'être administrée, petit branle-bas au 3B, objectif: remonter les globules blancs de la patiente afin que ses traitements subséquents s'enfilent dans les délais prévus.

Premier pas vers l'administration de Neupogen, Co-Onco me demande si j'ai de l'assurance médicaments. Ouaip! à cent soixante dollars la dose pour sept doses consécutives (une dose par jour pendant une semaine), la patiente doit être en santé (ce qu'on sait déjà depuis quelques semaines) et riche. Co-Onco me rassure que les assurances privées remboursent les doses et je prends aussitôt le temps d'apprécier mes précieuses assurances. Pour la postérité, précisons qu'à la pharmacie, la facture s'élevât à mil deux cent quatre-vingt-cinq dollars et ne sortez pas vos calculettes, le compte n'est pas bon, cent soixante dollars équivaut au prix pour le régime d'assurances publiques (1).

Deuxième pas, Co-Onco me flatte dans le sens du poil me disant que j'ai l'air éveillée, débrouillarde, dégourdie, and so on and so on. Faudrait pas charrier, je viens d'apprendre que mon cancer du sein est triple négatif, qu'on doit m'injecter des globules blancs (sic!) à cent soixante dollars la dose et je me sens le regard un peu terne, égaré, vide, hagard même. Néanmoins, je dégage tellement de présence d'esprit que Co-Onco m'indique que je pourrai m'administrer le Neupogen moi-même! Ben oui, quelle excellente idée! Je ne savais plus vraiment comment occuper mes journées d'invalide alors pourquoi pas un petit stress quotidien d'auto-injection? Ahurie, je quitte le bureau de Co-Onco pour m'installer pour mes intraveineuses. Mme Chimio me visite alors et me fournit ma trousse d'auto-injection de Neupogen contenant seringues, aiguilles, chiffons imbibés d'alcool, poubelle à déchets bio-toxiques. La totale. Elle tente en vain de me rassurer quant à la facilité de l'opération. Soit.

Troisième pas, le lendemain de ma chimio, le vendredi donc, juste ce qu'il faut de verdâtre sur mes jolies joues, je dois me pointer au CLSC pour rencontrer une infirmière qui m'enseignera comment m'auto-injecter ledit Neupogen. Justement, nausées, vomissements, étourdissements ne me suffisaient plus, j'accueille donc ce stress avec empressement. Ma frangine ne voit pas cette odyssée du même oeil, elle appelle au CLSC et tente de convaincre son interlocutrice qu'une infirmière à la maison représenterait une fort belle attention à mon égard. Je l'entends répéter: "Ma soeur doit se présenter pour se faire enseigner à s'auto-injecter un médicament mais elle ne va pas bien du tout, elle a reçu de la chimio hier". Pauvre Ju, je mesure à cet instant toute l'impuissance de l'accompagnateur alors que je lui répète que tout ira bien et que je pourrai me rendre sans gerber. Fortes de la promesse de l'interlocutrice que je passerai en priorité, nous nous armons de courage et faisons face à notre destin (j'en mets un peu... mais à peine..). Arrivées au CLSC, je me présente à l'accueil de la clinique de soins prioritaire pour faire face à un caniche blond. Sans farces, c'est presqu'insultant pour les caniches.

- Je viens pour un enseignement d'auto-injection de Neupogen.
- Oui, on fait ça, me répond le caniche.
- ...
- ...
- Pouvez-vous sortir mon dossier?

Ce qu'elle fit.

Frangine et moi nous installons dans la salle d'attente prioritaire pour voir défiler deux autres patients non prioritaires devant nous. Voilà la frangine dans tous ses états, elle se dirige vers le caniche qui s'anime et s'excuse haut et fort. Pas mal intentionnée, juste un peu nunuche. Mon dossier n'avait pas été placé sur la bonne pile! Elle s'excuse encore, sincèrement désolée. D'accord, d'accord, je peux encore montrer de l'indulgence mais je relève de chimio moi madame et ne voyez-vous pas mon teint verdâtre... que je préfèrerais trimballer à la maison? En plus de lui dire de sortir mon dossier, je devais également lui dire le mettre. Leçon apprise.

Finalement, l'infirmière fort gentille m'accueille et voilà la procédure qui commence. Rien de compliqué m'indique-t-elle, il faut juste procéder par étapes. En gros, il faut se laver les mains, nettoyer la surface de travail, préparer la seringue et l'aiguille, nettoyer la surface cutanée à injecter et... et... et... Injecter ciboulette! Ouf! Après une tentative manquée par crainte de m'abîmer la délicate peau du ventre, je me suis réessayée avec succès. Bravo! Petite poussée d'adrénaline pour le retour à la maison. Il me faudra recommencer le tout quotidiennement.

Samedi, auto-injection, dimanche, auto-injection, c'est presque déjà devenu routine. Il me faudra donc une autre intervention de mon équipe médicale pour me changer les idées.

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(1) Voir l'émission La Facture du 20 novembre 2009.

7 commentaires:

DimDim a dit...

Que de courage Isa, appelle-moi si tu as besoin de quoi que ce soit. Un zendo quand tu iras mieux...prends des forces et fais-moi signe. AnnieXX

Francine-la-pas-fine a dit...

Vous avez du mordant. Et que dire de votre humour. Je continue de vous lire et d'apprécier votre verve. Vous êtes une lutteuse, une lutteuse de haut niveau à part ça!!!

La Tortue têtue a dit...

Rapides sur le piton mesdames!

@Annie: oui, je te fais signe ne crains pas, besoin de faire ma Westmountienne!

@Francine: avec l'humour, je finis par en rire pour vrai. :) mercis de revenir.

Anonyme a dit...

Isa autant tu peux nous faire pleurer; bravo cette fois je ris à en pleurer
continue ma grande tu es bien partie
je t' aime maman xxx

Anonyme a dit...

Isabelle
Quel courage si tu as besoin je peux aller chez toi pour t'injecter ce liquide dispendieux (ancienne nurse) à tous les jours call moi. Je suis tellement heureuse d'être dans ta vie tu es une fille extraordinaire. Depuis ta sabbatique j'ai cessé de me plaindre pour rien MERCI. Embrasse tes princesses j'ai hâte de les revoir problament en fin de semaine. a+ Nancy C

Anonyme a dit...

Face a tout ces pilules, injections,effets secondaire et résultat de test, on se sent comme Perceval de Galle devant un champ de bataille. Bon courage et j'espère que cela va mieux, déguise toi en Attila the Hun, Jules Cécar, Napoléon ou en Catharsis car cela sont tous des grands conquérants et des gagnants.

La Tortue têtue a dit...

@Nancy C et le roi Arthur: J'ai bien hâte de vous voir. Et, oui, je me sens aussi brillante que Perceval pendant les premiers jours suivant ma chimio :)