jeudi 8 octobre 2009

Mon nadir

Nadir: seuil le plus bas atteint par les indicateurs sanguins (globules rouges, blancs et plaquettes) suivant un traitement de chimiothérapie. Chute trop drastique de globules rouges = anémie, de globules blancs = déficience du système immunitaire, de plaquettes = risque accru d'hémorragie.

Ce matin, je visitais donc mon IP en onco pour "mon nadir". Effectivement, par la force des choses, je parle comme une infirmière, sans doute une séquelle à treize visites à l'hosto en un mois... M'enfin. En calculant la moyenne des nadir usuellement observés pour chacun des trois médicaments de chimiothérapie reçus la semaine dernière, le Jour 8, correspondrait au point le plus bas de mes indicateurs. Le jour 8 (déjà!?) étant aujourd'hui, je me méritais donc un prélèvement sanguin pour débuter la journée.

Arrivée à l'hôpital, j'enfile sagement un masque tel que recommandé par Mme Chimio mais, je l'enlève une fois au 3 B. Les bibittes ne survivent pas en Oncologie. Elles craignent les pochettes de liquide. Encore une fois, je présente ma belle carte rouge émise le 4 septembre dernier et déjà usée d'avoir servi plus souvent que toutes mes autres cartes d'hôpital réunies. Mais je m'égare... Les infirmières d'Oncologie me reconnaissent maintenant et me saluent en souriant. Privilège de cancéreux. Le temps d'enlever mon manteau et on m'appelle déjà, l'IP ne me fait pas attendre.

Elle procède à mon prélèvement sanguin via mon PICC line. Décidément, je l'apprécie de plus en plus. L'IP ou le PICC? Les deux, bien entendu. Hier, c'était ma visite hebdomaire au CLSC pour faire changer le pansement de mon PICC line. Hésitante, je me risquai à discuter avec l'infirmière de la possibilité d'effectuer mes futurs prélèvements sanguins via ledit cathéter. Plutôt blasée, l'infirmière s'empressât de me répondre que malheureusement, au CLSC, les infirmières utilisent la bonne vieille méthode et j'ai nommé la piqûre dans mes délicates veines fuyantes. Je m'étonnai et elle me précisât que c'est l'oncologie qui a donné cette directive. Étrange. L'IP elle-même utilise le PICC!? Je me permets donc, un peu sournoisement je l'avoue, de mentionner à l'IP le résumé de ma conversation de la veille avec l'infirmière du CLSC. Surprise, elle appelle au CLSC pour faire la lumière sur cette question. Si au cours de cette héroïque aventure où je me tape biopsie, re-biopsie, scintigraphie osseuse, échographie abdominale, prélèvements sanguins multiples, installation d'un PICC line (à frette faut-il le préciser?), chimiothérapie, chirurgie, radiothérapie, peut-être hormonothérapie, peut-être ablation des ovaires, je peux m'éviter le désagrément de la piqûre aux trois semaines dans mes délicates veines fuyantes, peut-on s'il-e-vous-plaît m'accorder cette faveur? Au final, j'ai entendu la conversation entre l'IP et le CLSC: on peut utiliser le PICC line pour les prélèvements. Mercis. La complicité entre elle et moi à cet instant précis est palpable.

Après le prélèvement donc, l'IP m'invite dans son bureau où nous discutons. Ne manque que le thé, l'atmosphère est conviviale. Nous discutons des effets secondaires de mon premier fix, de mon historique de chirurgies, de mon état de santé général, de mon approche face à la maladie, tout y passe. Je constate et bénis alors ma chance de pouvoir me concentrer sur ma guérison puisque je n'ai aucune autre préoccupation. Outre le fait d'être atteinte d'une maladie chronique, je n'ai aucun stress. Financièrement, ça baigne puisque j'avais la chance d'avoir de bonnes assurances. Émotivement, la qualité et la quantité du support que je reçois limite mes crises d'anxiété. En plus, j'ai la chance d'avoir une approche à la vie plutôt rationnelle qui me permet de ne pas (trop) scénariser mais plutôt de vivre le présent.

On discute de la chirurgie. Selon elle, la convalescence devrait s'avérer plus facile que pour une césarienne. La comparaison positive me ravit puisque je me suis remise de mes césariennes en moins d'une semaine et me suis pointée à une séance de spinning 17 jours après mon deuxième accouchement! Dans mon approche "plan de match", j'ai évidemment besoin d'ébaucher le calendrier de de mon protocole de guérison. Donc, je questionne l'IP à ce sujet. Dès mon cinquième traitement de chimio, je devrai prendre rendez-vous avec le chirurgien qui procèdera, en principe, à ma tumorectomie, mastectomie partielle ou totale (?) environ un mois après mon dernier fix, soit vers la mi-février si tout va bien. Elle prend le temps de bien m'expliquer la chirurgie mais, tout bien réfléchi, je commence à trouver énervant le concept qu'on me confirme le type de chirurgie en salle de réveil après ma tumorectomie, mastectomie partielle ou totale. Mais bon, comme la médecine fait maintenant des miracles et va jusqu'à transformer un homme en femme, j'imagine que refaire un sein ne devrait pas constituer un problème, non? (1) Après ma chirurgie (et la confirmation du type de chirurgie), il faut prévoir un délai de convalescence puis, on passera à la radiothérapie.


Si tout va bien, je devrais donc commencer la radiothérapie quelque part en mars 2010. La journée internationale de la femme, le 8 mars qui tombe un lundi en 2010, ne serait-elle pas une belle date pour mon sprint final? Poétique? romantique? pourquoi pas? M'enfin. À ce moment, je devrai donc choisir entre Montréal ou Trois-Rivières pour mes traitements de radiothérapie. Poser la question c'est y répondre. La seule chose dont je m'ennuie depuis tous les chamboulements de mon été, c'est de Montréal. Pas de ma première maison, pas de mon ancien employeur ni de mes collègues mais de Montréal, animée, colorée, vibrante. Je divague mais la perspective de voir Montréal chaque jour de semaine pendant 4 à 6 semaines m'enchante me calme. Faudrait pas charrier, je peux toujours aller trotter sur St-Denis, sur la main, dans le Vieux tout en étant en pleine santé. Ce qui arrivera assurément l'été prochain. Petite virée sur St-Denis en après-midi, souper sur la main et soirée au Passeport ou je danserai tout mon fou pour finir sur un banc de parc à attendre le lever du soleil. Une fois guérie, je ne voudrai plus dormir je pense, trop occupée à tout faire ce que je mets en mode "pause" pour quelques mois. Je m'éloigne du sujet je pense (?)... mon nadir ...

À la fin de notre entretien, l'IP me montre les résultats de mon prélèvement sanguin. Tout est dans l'ordre: mes globules rouges et mes plaquettes ne constituent aucunement un problème et mes globules blancs présentent un taux très en-deçà de mes indicateurs pré-chimio mais le taux correspond encore à celui d'une personne normale. Dans la normale basse mais enfin. Je me relis et constate que j'écris "personne normale" comme si je ne l'étais plus, je souris. L'IP me laisse partir en me confirmant qu'en principe, mes indicateurs devraient remonter pour me laisser vivre normalement (i.e. sans le stress du système immunitaire déficient) dès samedi.


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(1) Mon amie Maryse a un droit d'auteur sur ce concept ;)

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